Ensemble contemporain de Montréal: évanescence

24 Jan

Superbe programme hier soir à la salle de concert du Conservatoire de musique de Montréal, alors que l’ECM interprétait sous la direction de sa directrice artistique Véronique Lacroix des œuvres de Gordon Fitzell, Charles Quévillon et Louis Dufort.

ecmOn a découvert la musique du manitobain Gordon Fitzell à travers sa composition électroacoustique Zipper Music (1994), lauréate du premier prix au 13e Concours national des jeunes compositeurs de Radio-Canada (1999). On s’entend que pour gagner un prix de composition en utilisant comme unique source les sons que peut produire une fermeture éclair, il faut avoir une certaine imagination, un peu d’humour et une bonne maîtrise des techniques de manipulation du son. Ce sont ces qualités que l’on a pu retrouver dans les deux pièces de Fitzell présentées par l’ECM. La première, Flux (2000/2013), une commande de l’ECM en 2000, est entièrement instrumentale, mais les musiciens y emploient diverses techniques de jeu alternatives pour produire des sons voilés ou percussifs, le petit ensemble (flûte, basson, cor, trombone, piano, violon, violoncelle, contrebasse) entourant le soliste (excellent François Houle à la clarinette) et entrechoquant les masses sonores d’une manière qui évoque des ambiances à la Xenakis.

Le concert s’annonçait comme une réunion entre sons acoustiques et électroniques, mais le deuxième pièce du concert était elle aussi entièrement instrumentale. Le compositeur Charles Quévillon arrive à faire entendre certaines qualités de sons qui semblent être électroacoustiques en basant sa composition sur l’utilisation d’un grand nombre d’instruments de percussion en métal (claviers de cloches, de gongs, carillon). La résonnance de ces instruments, dont le percussionniste Philip Hornsey joue avec brio, détermine l’harmonie fluctuante de la pièce, et les cellules mélodiques prennent immanquablement des inflections orientales. L’utilisation d’une guitare classique ou un jeu pizzicato sur violon « préparé » contribuent à construire un cadre sonore très riche. Très bonne Musique sans bruits (2012)!

C’est après l’entracte que l’on allait entendre vraiment « la magie des sons acoustiques et électroniques réunis » annoncée par le programme, et d’abord dans une deuxième composition de Gordon Fitzell, evanescence (2001/2006), qui donnait aussi son titre à la soirée. L’œuvre est un véritable bijou de musique mixte, où jamais l’électronique ne prend les dessus, mais se mêle plutôt aux sons de l’ensemble jusqu’à créer de superbes illusions acoustiques. Certains passages instrumentaux, par exemple des lignes jouées simultanément au piccolo (Marie-Hélène Breault) et à la clarinette (Martin Gauvreau) semblent faire naître un troisième instrument hybride. L’interprénétration des traitements électroniques et du jeu en direct de l’ensemble est une réussite totale et offre une preuve de plus que c’est bien dans la voie de la musique mixte que les compositeurs du XXIe siècle devraient massivement s’engager. On peut entendre une excellente version de cette pièce sur le disque « Strange Imaginary Animals » de l’ensemble américain Eight Blackbirds.

Le concert se terminait sur la création d’une œuvre de Louis Dufort: Les corpuscules agglutinés (2014), pour musiciens spatialisés, bande multipiste et percussion électronique. Si on avait pu regretter dans les trois pièces précédentes que les musiciens de l’ECM soient tous rassemblés dans un bloc très compact au centre d’une scène qui leur donnait pourtant assez d’espace pour respirer un peu, c’était peut-être pour nous faire profiter pleinement du contraste qu’offrait la pièce de Dufort en éparpillant les musiciens autour du public (comme la douzaine de haut-parleurs qui diffusait son enregistrement). Débutant par de calmes nappes ondulantes sur lesquelles s’appuient les musiciens, la musique se développe en crescendo, les différents éléments s’agglutinant, en effet, comme promis par le titre. L’effet d’enveloppement est très beau, la chef et le compositeur, qui diffuse l’enregistrement, se partageant le contrôle de la balance sonore. Le centre de la pièce devient plus percussif et s’installe alors une pulsation réminescente du style de Philip Glass, avant que se reforme les nappes sonores du début, qui vont se dissiper jusqu’à disparaître. Dufort mêle plusieurs genres ici; on pense à la musique baroque (plus qu’à celle de la Renaissance qu’évoque la note de programme), puis à certaines « musiques pop », etc. Le résultat est chatoyant et constitue une autre belle réussite de musique mixte.

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