FIMAV 2015, en attendant!

20 Avr

Dans un mois, on sera nombreux du côté de Victoriaville pour la 32e édition du FIMAV, qui promet de belles choses. J’y étais aussi l’année dernière, et vous pouvez lire mon reportage complet paru dans le magazine français Improjazz no 219.Improjazz_219_couv

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Du jazz à la SMCQ

18 Avr

La Société de musique contemporaine du Québec offrira ce jeudi un concert aux accents fortement jazzés qui risque de faire un beau tapage!

On y entendra des œuvres de George Antheil, de Leonard Bernstein, d’Igor Stravinski et, dans le cadre de la série Hommage à John Rea, sa Treppenmusik de 1982 (pour quatuor à cordes, quatuor de saxophones, clarinette en mi bémol et clarinette en si bémol, deux clarinettes basses et délai) et son Big Apple Jam (1987-91) dans un nouvel arrangement. Rencontré en juillet dernier, le compositeur m’expliquait: « J’en fais un arrangement pour un véritable big band, ce que j’ai toujours voulu faire! Je ne suis pas un jazzman, bien sûr, mais je voulais travailler les arrangements de jazz, cependant je n’en avais pas le courage! Dans ce cas-ci, le projet original était une simulation de big band, et c’est Walter [Boudreau] qui m’a suggéré d’y revenir pour en faire une version entièrement instrumentale. » C’est donc une version unplugged de cette pièce originellement conçue pour quatuor de saxophones et séquenceur MIDI que nous aurons, l’orchestre de jazz reprenant la place qu’il occupait déjà virtuellement. Cet orchestre de jazz, on l’entendra aussi dans les Prelude, Fugue and Riffs (1949) de Bernstein et dans l’Ebony Concerto (1945) de Stravinski, deux pièces qui mettront aussi de l’avant le talent du clarinettiste André Moisan.

crédit photo: Nelleke Koop

Le pianiste Guy Livingston – crédit photo: Nelleke Koop

Pour ouvrir ce très invitant programme, rien de moins que le Ballet Mécanique (1924) de George Antheil, en version… solo! On se souviendra certainement (si on y était) de l’incroyable déferlement sonore de l’arrangement pour ensemble (de Paul Lehrman) que la SMCQ avait offert en ouverture de son tout premier festival MNM, en 2003. Cette fois-ci, Lehrman a concocté une version pour piano et acousmonium, les percussions, sirènes et autres moteurs d’avion étant diffusés à travers une quarantaine de haut-parleurs judicieusement placés autour du public. C’est le pianiste Guy Livingston, qui a fait de la musique d’Antheil son cheval de bataille, qui offrira cette performance. J’ai eu le plaisir de lui en parler ce matin, alors que je le rejoignais par téléphone aux Pays-Bas, pour qu’il nous en dise quelques mots:

« Ça doit faire une vingtaine d’années que j’ai découvert sa musique, d’abord par son autobiographie (Bad Boy of Music, 1945), qui est très romancée, mais j’adorais sa façon de raconter ses années à Paris. C’était un peu un modèle. J’étais fasciné par ses recherches très avant-gardistes. Bon, ce n’est pas toujours très original comme musique, c’est-à-dire qu’il a beaucoup piqué, dans la musique de Stravinski notamment, mais aussi chez Satie et il a aussi eu des influences de Leo Ornstein et peut-être même Henry Cowell. Son esprit collait à merveille à l’époque de l’entre-deux-guerres, de la Lost Generation, dont il faisait partie.

Alors la version solo de Ballet Mécanique, bien sûr, c’est différent de la version pour ensemble, mais ça reste très fort! C’est inspiré d’une lettre d’Antheil, dans laquelle il se décrit sur scène entouré de machines, actionnant des manivelles et déclenchant des mécanismes de toutes sortes… Évidemment, c’était quelque chose de tout à fait irréalisable, parce qu’il pensait plus vite que la technologie. Donc Paul a imaginé un enregistrement multipiste qui est diffusé sur 48 haut-parleurs et au milieu duquel se trouve le pianiste. Ça donne l’impression d’un orchestre mécanique qui joue en synchronie avec moi et, en plus, avec le film Ballet Mécanique (1924, de Dudley Murphy et Fernand Léger). Et en plus, c’est très fort, comme dans un concert rock! À fond quoi! »

Guy Livingston donne régulièrement des récitals dans lesquels il accompagne ses interprétations de projections de film; « J’ai souvent travaillé avec des films expérimentaux des années 1920, mais aussi avec des films de jeunes cinéastes d’auourd’hui. J’aime bien les possibilités que ça ouvre, de jouer par exemple une musique sur un film muet, ça peut transformer complètement la perception du spectateur. On peut jouer du Satie, du Glass ou du Antheil sur Ballet Mécanique, et ça donne trois expériences complètement différentes. C’est vrai que j’ai une préférence pour les films surréalistes ou dadaïstes… »

Et puisque l’on célèbre en 2016 le 100e anniversaire de Dada, as-tu prévu quelque chose de particulier? « J’ai déjà fait un concert ici en Hollande et je suis en train de monter autre chose pour l’année prochaine. Mais je fais aussi une émission de radio et nous sommes actuellement en train de préparer un mois dada pour septembre! »

On recommande fortement l’écoute de la série d’émissions American Highways dans lesquelles Livingston explore la musique des « Amercian Mavericks ».

Et surtout, il faudra être à la salle Pierre-Mercure ce jeudi, 21 avril 2016, 19h00, pour ce programme de jazz durant lequel Walter Boudreau chauffera l’orchestre au max!

Chouinard, Debussy, Stravinski… Sacrée soirée!

1 Avr

Claude Debussy signait quelque chose comme l’acte de naissance de la musique moderne avec la création de son Prélude à l’après-midi d’un faune en 1894; le Sacre de Stravinski aussi a plus de 100 ans, tandis que celui de Marie Chouinard en a déjà plus de 20. Ce n’est donc pas pour la découverte que l’on était au Théâtre Maisonneuve hier (sinon peut-être pour celle de l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal, que l’on était heureux de voir sur scène pour ce programme), mais pour saluer le génie — celui des compositeurs et de la chorégraphe — et la virtuosité — celle, hallucinante, des danseurs et danseuses, mais aussi celle des musiciens, qui, se frottaient quand même à une pièce qui fut en son temps qualifiée d’injouable.

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L’orchestre, par ailleurs, était sans doute un peu mince à 92 musiciens pour le Sacre, qui réclame un orchestre mieux fourni, ce qui nous a valu quelques brefs passages un peu plus ténus que ce qu’aurait souhaité le compositeur. Pour remédier à ce problème, on a amplifié l’orchestre, ce qui, par contre, n’aide pas le chef à dynamiser les plans sonores. Ça donne une version du Sacre un peu plus rock ‘n’ roll que celles que nous servent généralement les grands orchestres professionnels, mais le chef-d’œuvre de Stravinski s’en accomode fort bien. Et puis, bien sûr, c’est l’orchestre « des jeunes », alors oui, il y a des hésitations qui s’entendent, mais on doit souligner l’excellence de la section de percussions, passablement importante dans ce cas-ci, qui offre au chef Louis Lavigueur précision et puissance, et transporte l’ensemble.

Ce n’est pas si souvent que l’on a l’occasion de revoir un chef-d’œuvre du répertoire québécois de la danse, qui plus est avec un tel pendant musical, alors si vous avez l’occasion de passer par le Théâtre Maisonneuve aujourd’hui ou demain, n’hésitez pas!

Réal La Rochelle, 1937-2015

5 Fév

Pour saluer l’ami Réal La Rochelle, ce court texte, publié dans l’édition courante (février-mars 2016) du magazine La Scena Musicale.


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C’est avec une grande tristesse que l’on a appris à la fin de l’année 2015 le décès, le 27 décembre, de Réal La Rochelle. Critique de cinéma (revues Séquences et 24 images, entre autres), il a aussi enseigné les mystères du 7e art au Cégep Montmorency. Mélomane, il abordait naturellement le cinéma par son versant sonore, trop souvent négligé, et si on lui doit une biographie de Denys Arcand (L’ange exterminateur, Leméac, 2004; augmenté en 2014 d’un deuxième ouvrage consacré au cinéaste: Denys Arcand, Mille plateaux, aux Presses de l’Université Laval) on connait aussi ses travaux importants sur la musique et le son.

Fondateur de la Phonothèque du Québec, il en a relaté l’histoire dans Le patrimoine sonore du Québec: la Phonothèque québécoise (livre accompagné d’un disque de Jean-Sébastien Durocher, Triptyque, 2009). Son ouverture d’esprit n’avait d’égale que sa perpétuelle bonne humeur, comme en fait foi son travail sur l’œuvre de Maria Callas (Callas: la diva et le vinyle, Triptyque, 1987, réédité chez Christian Bourgois en 1997 sous le titre Callas: l’opéra du disque), qui l’a amené à collaborer avec l’artiste conceptuel Raymond Gervais, le platiniste Martin Tétreault et le clarinettiste Robert M. Lepage pour le CD Callas: la diva et le vinyle (Ambiances Magnétiques, 1997). C’est aussi son amour de l’opéra qui lui a fait écrire L’opéra du samedi: le Metropolitan à la radio du Québec (Presses de l’Université Laval, 2008). Enfin, c’est peut-être par l’opéra Trouble in Thaiti qu’il a découvert l’œuvre de Leonard Berstein, une autre grande figure à qui il a consacré deux livres (Leonard Bernstein: l’œuvre télévisuelle, aux Presses de l’Université Laval en 2010, et Lenny Bernstein au Parc La Fontaine: quàsi una fantasia, chez Triptique en 2010).

Il nous manquera.

 

Réjean Beaucage

Bravo Walter Boudreau!

3 Fév

À l’occasion de l’annonce par le Conseil des arts et des lettres du Québec de l’octroi, le 1er février 2016, d’une bourse de carrière au compositeur Walter Boudreau, je publie ci-après le texte de présentation que j’ai rédigé à la demande du ministère de la Culture et des Communications qui lui remettait en 2004 le Prix Denise-Pelletier. Voilà de l’argent bien investi, et dans les mains de ce merveilleux fou, on a plaisir à imaginer ce que ça promet!


Prix Denise-Pelletier 2004

Walter Boudreau, né le 15 octobre 1947

Le milieu musical québécois peut s’estimer chanceux d’avoir en son sein un empêcheur de tourner en rond de la trempe de Walter Boudreau. Cherchant sans cesse à faire tomber les cloisons entre les genres et à rapprocher les créateurs et le public, ses actions visent surtout à multiplier les ouvertures. Faire connaître la musique contemporaine au plus grand nombre en la démystifiant et faire rayonner la musique d’ici à l’étranger sont deux des objectifs qu’il place en tête de liste de ses priorités.

Walter Boudreau, l’homme-orchestre, est saxophoniste « retraité », compositeur prolifique, directeur artistique, chef d’orchestre, organisateur d’événements, enseignant, écrivain à ses heures, peintre quand il en a le temps et, cela va de soi, personnage médiatique.

Il y avait de la musique dans la famille Boudreau avant la venue de Walter, en 1947. La mère joue du piano et le père, décédé juste avant sa naissance, était saxophoniste dans des orchestres de danse, à Sorel. C’est là, au couvent de la Congrégation Notre-Dame, qu’il amorce à 6 ans l’étude du piano. Son oncle Guy enrichit l’enseignement quelque peu austère des religieuses en puisant dans sa collection de 78 tours des enregistrements de symphonies classiques, de musique de chambre et de piano honky tonk, pendant que le jeune musicien aiguise son oreille et ses talents culinaires à l’écoute de l’opéra du samedi en cuisinant des tartes aux fruits avec sa grand-mère.

À 13 ans, Walter se joint à l’Harmonie Sainte-Cécile du collège Sacré-Coeur de Sorel, où on lui confie un saxophone. Ce sera son instrument de prédilection pour les 30 années à venir. Autre révélation : la puissance sonore de l’ensemble fait naître chez le jeune apprenti des sensations dont il ne voudra plus se passer.

(photo: SMCQ)

(photo: SMCQ)

Walter Boudreau fonde bientôt avec quelques amis Les Majestic, un orchestre de danse au sein duquel il parfait son apprentissage des musiques à la mode et où il s’essaie pour la première fois à l’improvisation. Attiré par le jazz, il fait régulièrement le voyage entre Sorel et Montréal, où l’apprentissage se poursuit à travers les concerts offerts dans les bars spécialisés et l’enseignement de Doug Michaud au studio d’Arthur Romano. En 1966, Walter Boudreau s’installe à Montréal avec l’espoir d’y travailler dans le circuit des boîtes de jazz et avec l’intention d’y suivre des cours d’analyse et de composition au Conservatoire de musique. Ce dernier projet sera cependant mis en suspens en 1967 pour cause d’Exposition universelle, un extraordinaire événement qui a changé bien des vies. Durant six mois, Boudreau y donne des concerts avec son ensemble de jazz, arrangeant la musique selon le nombre de musiciens disponibles, improvise avec tout le monde et découvre au fil des soirs des musiques insoupçonnées. Enfin, participant avec son trio de jazz aux récitals de poésie du samedi après-midi, il y rencontre, entre autres, Raôul Duguay, avec qui il va bientôt fonder l’Infonie.

Après l’explosion créatrice de l’Expo, Boudreau reprend le circuit des bars avec des formations diverses. Un disque paru en 1968 ( Walter Boudreau + 3 = 4 , Phonodisc) permet de constater quel excellent saxophoniste de jazz il était.

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Au fil des rencontres, le cercle de base s’agrandit et, en 1969, naît enfin l’Infonie, fantastique creuset contre-culturel où se mêlent musique, poésie et arts visuels. L’ensemble, dirigé par Boudreau, fait preuve d’une ouverture peu commune, interprétant dans un même souffle des musiques de Bach ou de Guillaume de Machaut, du répertoire de bar-salon ou des Beatles, et des musiques modernes de Terry Riley ou, bien sûr, de Walter Boudreau.

Parallèlement à son travail de directeur, de compositeur et d’interprète avec l’Infonie, qui laisse une marque indélébile dans l’histoire musicale du Québec, Boudreau suit dès 1968 des cours d’analyse et de composition auprès de Bruce Mather à la Faculté de musique de l’Université McGill. De 1970 à 1973, il fera de même au Conservatoire de musique de Montréal avec Gilles Tremblay, ainsi qu’à l’Université de Montréal avec Serge Garant. Ce dernier, cofondateur en 1966 de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), permet à l’étudiant d’assister aux répétitions de l’ensemble. Boudreau y découvre des musiciens d’un calibre qui le fait pâlir d’envie et il y entend des musiques qui ne sont pas si éloignées de l’univers éclectique de l’Infonie. Des bourses du Conseil des Arts du Canada (CAC) lui permettent à la même époque de côtoyer les compositeurs les plus respectés : Messiaen et Boulez en 1971, Stockhausen, Xenakis, Kagel et Ligeti en 1972. Cette même année, il dirige l’ensemble de la SMCQ pour la première fois à titre de chef invité. L’année 1973 marque, avec l’enregistrement de son quatrième disque, la fin de l’Infonie.

Lauréat en 1974 du premier prix au Concours national de Radio-Canada pour les jeunes compositeurs, Walter Boudreau s’apprête à conquérir de nouveaux territoires. L’Infonie survit le temps d’une transition à travers le Quatuor de saxophones de l’Infonie, qui devient en 1982 le Quatuor de saxophones de Montréal et que Boudreau engage de plus en plus dans l’interprétation de musique contemporaine. Le compositeur est très actif et le chef tout autant, dirigeant l’Orchestre Métropolitain de Montréal ou l’Orchestre du Centre national des arts, et devenant chef régulier à la SMCQ. En 1988, il y est nommé directeur artistique.

(photo: SMCQ)

(photo: SMCQ)

Ses réalisations depuis cette entrée en fonction sont nombreuses, comme les prix qui les couronnent : premier compositeur en résidence à l’Orchestre symphonique de Toronto, de 1990 à 1993 ; Grand Prix Paul-Gilson de la Communauté des radios publiques de langue française pour Golgot(h)a (livret de Raôul Duguay) en 1991 et Grand Prix du Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal la même année pour la SMCQ ; premier concert conjoint de l’Orchestre symphonique de Montréal et de la SMCQ (OSMCQ) en 1995 ; de nombreux prix Opus du Conseil québécois de la musique (SMCQ live en 1997, compositeur de l’année en 1998, personnalité de l’année en 2003) ; prix Molson pour les arts, attribué par le CAC pour son apport à la vie intellectuelle et culturelle canadienne, et autres.

De plus, ses nombreuses collaborations avec le compositeur Denys Bouliane, depuis 1998, ont littéralement changé le visage du monde musical d’ici. Codirecteurs artistiques du festival de l’Orchestre symphonique de Québec, Musiques au présent, en 1998, 1999 (deux prix Opus) et 2000, ils conçoivent aussi la Symphonie du millénaire (2000), regroupant 333 musiciens en plein air – prix Opus de l’événement musical de l’année – (l’enregistrement numérique live de cette réalisation majeure n’est pas encore offert sur le marché) et mettent sur pied le festival international Montréal Nouvelles Musiques (MNM) en 2003 (Grand Prix du Conseil des arts de Montréal).

S’il y a une chose dont nous pouvons avoir la certitude, c’est que Walter Boudreau n’a pas fini de nous étonner. Attachons nos ceintures, relevons le dossier de notre fauteuil, déposons nos effets personnels et laissons-nous emporter dans son astronef argenté, nez pointé vers les étoiles…

 

Date de remise du prix : 9 novembre 2004

Membres du jury :
Louise Bail (présidente)
Paul-André Fortier
Manon Guilbert
Jacques Labrecque

Pour Voir

29 Jan

C’était le lancement, hier 28 janvier 2016, du premier numéro du magazine Voir, qui était auparavant comme chacun sait publié sous forme de journal et qui l’a été chaque semaine depuis près de 30 ans (avec une courte période de publication aux deux semaines tout récemment). En ce qui me concerne, je suis assez fier d’y collaborer régulièrement depuis 2001.

Lors de son allocution hier soir, celui qui est au cœur de la relance, l’actionnaire Alexandre Taillefert, invitait les organismes culturels montréalais à investir dans ce nouveau magazine en y achetant de la publicité. On peut espérer en effet, aussi bien en tant que lecteur qu’en tant que collaborateur, que cet appel sera entendu. Il est beau ce nouveau magazine et il est évidemment perfectible, mais pour lui permettre de s’améliorer, il faudra lui donner du temps.

Voir

J’ai déjà lancé ce même « appel à l’investissement », à Winnipeg, lors d’un forum organisé par le Regroupement canadien pour les musiques nouvelles (qui, par ailleurs, célèbre ses 10 ans cette année). C’était en 2007 et force est de constater que mes paroles n’ont guère été entendues… Alors, pourquoi pas, les revoici. Comme le forum auquel je participais était tenu à Winnipeg, le texte est en anglais… Mais le propos, je crois, est universel et, surtout, très local. Le texte, je l’ai dit, date de 2007; je ne participe plus que sporadiquement au magazine La Scena Musicale, je ne suis plus membre du comité éditorial de la revue Circuit, et MTM Radio (pour Musique des temps modernes/Modern Times Music) est disparue depuis longtemps…


Participation à la table ronde «Re-présenter les musiques nouvelles», présentée dans le cadre du forum organisé par le Réseau canadien pour les musiques nouvelles à Winnipeg en février 2007 sous le thème «Musiques nouvelles et médias : se faire comprendre».

Altough my primary langage is French, I have prepared this little lecture in English. I just hope that I won’t offend anybody, but I must warn you that I learned English mostly by listening to Frank Zappa…

I’ve been invited here because I’m a journalist who, quite often, writes about contemporary music, and, contrary to most of my colleagues, I don’t usually write to say how bad it is… I just simply like new musics. For me, the weird thing is to prefer Palestrina over Stockhausen, or Mozart over Brady – which seems to make me, strangely enough, some kind of rare breed.

There was a time when they were writing about contemporary music in every morning papers. There was a time when they were talking about it on the radio and halls were full.

Yes, indeed, contemporary music already had its « fifteen minutes of fame », and it was in the sixties… These things don’t tend to come back.

So, to Re-Present new musics, I guess we need some tools, and these tools – which could help us in an effort to reach the general public – are called medias.

But then, when we look closely, we can see that these tools, these medias, already exist.

What’s wrong then ?

Well, I’m no « media expert », but then I write in this journal (Voir – a weekly cultural paper), this monthly magazine (La Scena Musicale – entirely devoted to concert music) and I’m a member of the editorial team of this revue (Circuit – entirely devoted to new music). I’m also involved with an Internet radio project that celebrated its first anniversary last November and which is entirely devoted to contemporary musics. So you might say that I know the medias, as Alice Cooper would put it, from the inside.

I want to share with you, first, a little story about this Internet radio. Its founder, Stéphane Gauthier, is just a simple music lover. He was already making a living by maintaining a totally different website, and though he could use his Internet skills to invent the media of his dreams, that would play all kinds of new musics all day long.

He though it would be great and that people would love it, especially since the public radio in Canada doesn’t give a damn about these musics.

So he invested a lot, alone, and started it. And then he began to meet all the beautiful peoples of the « milieu » as he started going to their concerts, because before he was really just a home listener.

I talked with him last december and he was a bit depressed, because there is one thing with Internet radio : you can know at every moment how many people are listening… And so he was depressed to find out that you can work almost non stop for three days to put together a wonderful show about Gyorgy Ligeti, and present it to the listeners only 5 days after the death of the great composer, and verify that your wonderful radio show is attracting only two listeners on this planet…

He was also depressed because he had been to a concert the night before. The concert was celebrating the 40th anniversary of SMCQ. He told me that he knew almost everybody in the hall and that, as far as he could know, they were all composers or musicians.

So, he told me, no wonder the contemporary music public doesn’t listen to MTM Radio, because this public, it seems, may simply not exist. He was wondering if composers and musicians are aware of that fact, or if, maybe, they just don’t give a damn as long as the government continues to send in the checks…

I must add here, to be honest, that he wouldn’t have said the same thing about the public of the most recent concert of SMCQ, which presented music of Steve Reich. The club in which the concert was held was full of young – never seen before in that kind of concert – public. This might lead us in a discussion on the genreal quality of contemporary music, but lets keep that for later.

So from that Internet Radio story, we learn three things :

1-   medias dedicated to the various forms of concert music, and to that alone, do exist.

2-   there is a public for contemporary music. It doesn’t matter if the guy who is in the hall today, listening, will be on stage tomorrow, playing, it exists anyway.

3-   this public goes to concerts to get informed about what their friends do and to support them.

So, I hear you asking, why aren’t they subscribing (for a cheap 20$ a year) to that wonderful radio ? Well, most probably because they didn’t even knew it existed.

Because if they knew that a radio station playing their music, their albums, existed, they wouldn’t want it to close, would they ?

Now, back to me and my personnal crusade to get the information to the public. To Re-Present New Music.

I write in this magazine, called La Scena Musicale. If you live in Montreal, you can get it for free in some places. A year ago, we had to put a price on it and begin distribution in some places where you can buy it. We did that in order to be able to try to, at least, get some money from the governments (who would not help a free publication). To this day, our little strategy hasn’t worked, but we’re not done yet.

Yes, you heard right : the 10 years old La Scena Musicale, the only magazine devoted to concert music in Québec, and the best of its categorie in Canada (and the only bilingual one), receives no money from the governments.

I also write every week in Voir, which is, also, free.

For most people, this is some kind of magic : Free magazine ? Free journal ? How do they do that ?

Well, the answer is simple my friends, its by selling ads.

Now, La Scena musicale is entirely devoted to concert music : that is classical music, contemporary music, new music, world music and jazz.

Yes, its wonderful. But it is also, every month, a struggle to get a pay check from the magazine (for those who are not volonteers).

Simply because it doesn’t sell enough ads to musical organizations.

So we have to drop stories every month, because every month we have less pages than the number we optimistically figured we’d get.

So, in order to try to sell more publicity, we have to diversify, and so, the thing ends up being that to talk about what insterests us, we have to talk about something else… Which makes even less space to do what we wanted to do in the first place.

In Voir, the space devoted to any subject is more or less proportional with the space sold to advertise events connected to that subject, which seems fair to me.

So you will find in Voir one article a week on concert music (but there are two or three pages of dance, theatre, cinema and litterature).

Well, I hear you say, « Of course, dance and theatre companies, cinema and book distributors have more money, so they advertise more ! ». Well, I’m no financial councellor, but would I be one, I would ask myself how do THEY do that…

Maybe we should push further that « more ads / more space » idea. If the space devoted to one subject can be linked with the number of ads advertising that same subject, maybe the lack of public in the halls can be linked with the lack of advertising of the concerts…

All of which brings us to one rule, simple and old : if you talk about it, people will know about it.

But to do that, you need to keep your channels alive, and this really is an important matter, of which you should all be aware of.

Communication is the key, and in the media age, you are never more healthy than the media that talks about you…

So, in the end, the only things I can say are these :

Get involved !

Support the medias who talk about you !

Buy ads !

Subscribe !

Thank you

Ana Sokolović

28 Jan

Ce soir, 28 janvier 2016, 18h, à l’Espace Kendergi du Centre de musique canadienne au Québec (1085, Côte du Beaver Hall #200, Montréal), la flûtiste Marie-Hélène Breault et la pianiste Pamela Reimer offriront la deuxième représentation de leu récital autour des cinq compositeurs «hommagés» de la SMCQ. Au programme, des œuvres de John Rea, Claude Vivier, Gilles Tremblay, Ana Sokolović et Denis Gougeon.

Une bonne occasion de publier ici le texte que j’ai rédigé pour saluer Ana Sokolović lorsque la Fondation Émile-Nelligan lui a décerné le Prix Serge-Garant 2015, le 24 novembre dernier.

Sur la photo, de gauche à droite: Brigitte Poulin, André Hamel, le compositeur Michel Gonneville, membre du conseil d'administration de la Fondation, la lauréate Ana Sokolović, RB et Marie-Annick Béliveau. Photo: Robert Etcheverry, 24 nov. 2015.

Sur la photo, de gauche à droite: Brigitte Poulin, André Hamel, le compositeur Michel Gonneville, membre du conseil d’administration de la Fondation, la lauréate Ana Sokolović, RB et Marie-Annick Béliveau. Photo: Robert Etcheverry, 24 nov. 2015.


ÉLOGE D’ANA SOKOLOVIĆ

Texte de Réjean Beaucage, président du jury

Je voudrais d’abord, au nom de mes collègues du jury et en mon nom personnel, remercier Michel Gonneville, qui a pensé à nous réunir pour le jury de cette 9e édition du Prix Serge-Garant. Il y avait sur ce jury un compositeur, un musicologue, deux interprètes et votre humble serviteur, un «travailleur culturel».

Il a été question lors de nos discussions du plaisir que c’était de devoir explorer nos discothèques respectives dans les jours précédant la séance qui a mené au choix de la lauréate, non pas pour le travail, mais pour le simple plaisir de revenir sur des œuvres pas écoutées depuis trop longtemps, pour le plaisir de redécouvrir des œuvres oubliées, enfin, pour le plaisir d’écouter de la musique.

Cependant, tout en savourant ce plaisir, on devait quand même se demander qui mériterait, en 2015, d’être récompensé pour « l’ensemble de son œuvre ». C’est une grande question, et bien sûr, les propositions étaient multiples, mais, malgré tout, l’unanimité s’est faite assez rapidement. Si elle s’est faite rapidement, ce n’est pas parce qu’après huit éditions le bassin de lauréats potentiels est réduit, bien au contraire, et nos discussions ont porté sur beaucoup de gens dont les noms, à n’en pas douter, reviendront encore lors des prochaines éditions du Prix…

À propos de la musique de la lauréate, les membres du jury ont souligné sa puissante expressivité, évoquant une musique inspirante qui donne du plaisir à ses interprètes et qui satisfait tous les publics, de l’amateur au spécialiste, tant elle conjugue l’intellect à l’émotion et tant elle semble vivre dans le feu de l’action.

Ce n’est pas étonnant que le nom d’Ana Sokolović ait rapidement rallié l’unanimité au sein de ce jury du Prix Serge-Garant et, à vrai dire, ce qui est étonnant, c’est peut-être qu’il ne l’ait pas fait avant!

Ana Sokolović est arrivée au Québec, depuis Belgrade, en 1992. J’ai eu l’occasion de suivre en observateur le développement fulgurant de sa carrière et j’ai eu le plaisir de la rencontrer quelques fois pour des entretiens. Je me souviens d’avoir été assez impressionné, lors de notre premier entretien en 2003, par le parcours de cette artiste qui était passée par le ballet, le théâtre et le piano avant de se tourner définitivement vers la composition.

Les choses allaient bien pour Ana Sokolović lorsque je l’ai rencontrée en 2003; depuis 1996 elle avait déjà reçu plusieurs commandes d’œuvres de l’Ensemble Contemporain de Montréal, de la SMCQ, puis du Quatuor Molinari, de la violoniste Julie-Anne Derome, de l’Orchestre baroque de Montréal, ou du Esprit Orchestra.

Elle avait déjà écrit en 1996 une première pièce, à la demande de l’Ensemble contemporain de Montréal, pour un instrument qui allait devenir très important dans son catalogue : la voix humaine. Un instrument si important qu’elle offrait en 2001 au quintette à vent Pentaèdre des Chansons à boire, qu’elle écrivait pour la violoniste Olga Ranzenhofer ses City Songs et qu’elle composait aussi la même année pour l’ensemble Bradyworks une Shower Song.

En 2003, lorsque je la rencontrais, c’était pour un article annonçant qu’elle devait écrire la pièce imposée au Concours International de Montréal des Jeunesses Musicales, qui était cette année-là consacré au violon – sa pièce allait s’intituler Chant.

Sa musique connaissait donc déjà depuis les années 90 un grand succès, et la compositrice l’expliquait seulement en disant « ma musique s’écoute bien ».

C’est vrai qu’elle s’écoute bien, la musique d’Ana Sokolović, et qu’elle provoque l’unanimité. Elle s’écoute si bien qu’elle s’écoute sous toutes les formes, dans un conte musical pour jeune public à la SMCQ ou dans un Concerto pour orchestre à l’OSM, dans un spectacle de marionnette ou dans un film d’animation, dans un spectacle de danse ou dans un opéra a capella. Et si elle s’écoute bien, c’est peut-être aussi parce que la compositrice elle-même écoute sa propre voix.

Toujours en 2003, elle me disait: «Ce qui est sûr, c’est qu’ici, je suis bien; j’ai même retrouvé mes origines.» Elle ajoutait que son directeur de maîtrise, à son arrivée à Montréal, José Evangelista, l’avait beaucoup aidé en ce sens en l’encourageant à faire la musique qu’elle avait envie de faire. Et comme on n’est jamais plus universel que lorsque l’on est personnel, en effet, la musique d’Ana Sokolović s’écoute bien.

C’est peut-être aussi parce que la compositrice n’impose rien à ses auditeurs ; en 2006, dans un portrait d’elle que rédigeait Isabelle Picard pour la revue Circuit, Ana Sokolović disait: «Je ne souhaite pas que les images de l’auditeur coïncident avec les miennes. J’espère susciter sa curiosité et, surtout, son imagination.»

10 ans avant, en 1996, la Société de musique contemporaine du Québec avait commandé à Ana Sokolović une œuvre, intitulée Jeu de portraits, qui rendait hommage, entre autres, à Serge Garant. En 2011- 2012, la SMCQ, dont Serge Garant a été l’un des cofondateurs, saluait l’excellence du travail d’Ana Sokolović à travers une centaine de concerts présentés dans la cadre de sa Série hommage et, point culminant de cette année extraordinaire, en avril 2012, la ministre de la Culture du gouvernement du Québec, Christine St- Pierre, déclarait Ana Sokolović « trésor national ».

À travers l’intégration de ses propres racines et la transposition de son identité personnelle dans une culture vivante et universelle, qui est aussi la nôtre, Ana Sokolović compose une musique qui nous rejoint, nous, à Montréal, mais aussi nous, à Toronto, et nous, à Aix-en-Provence, ou à Belgrade.

C’est pourquoi nous avons choisi à notre tour de saluer l’exceptionnelle qualité de l’ensemble de l’œuvre d’Ana Sokolović en lui attribuant le Prix Serge-Garant 2015.

Bravo !