Quelques pistes pour MNM (1)

19 Fév

Quelques pistes pour MNM8

  • Coup d’œil no 1: février

Au beau milieu de la saison qui souligne le 50e anniversaire de la fondation de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), voici que se pointe, du 23 février au 4 mars, la vingtaine d’événements que propose la programmation de la huitième édition du festival Montréal Nouvelles Musiques. Pour ce qui est du cinquantième, on peut déjà découvrir des petits bouts de l’histoire de la SMCQ au Salon des nouvelles musiques (Salle d’exposition de la Place des Arts – entrée libre), et ça pourra donner envie de poursuivre la découverte au présent, en assistant à quelques-uns des concerts du festival. Voici donc un petit survol qui pourra vous aider à faire des choix.

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Walter Boudreau (photo: SMCQ)

À tout seigneur, tout honneur, c’est le directeur artistique de la SMCQ, Walter Boudreau, qui nous offre sa musique en ouverture de festival en dirigeant ses Berliner Momente I (Hommage à Berlin, 1988-2006) et II (La Guerre Froide, 1991-2006). On peut entendre Boudreau diriger le premier volet de cette grande œuvre sur un enregistrement de l’Orchestre Métropolitain qui date de 1991 (et on peut s’en procurer la réédition ici).

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Il n’y a malheureusement pas d’enregistrement disponible de Berliner Momente II, et le seul enregistrement disponible du troisième volet est celui qui s’est imprimé dans nos mémoires le 10 novembre 1994, alors que Boudreau dirigeait l’OSM à la salle Pierre-Mercure pour un concert « OSMCQ ». Cette fois-ci, ce sera à la salle Pollack, avec le McGill Symphony Orchestra et Alexis Hauser dirigera le Concerto pour orchestre de Bartók pour compléter le programme.

23 et 24 février, 19h30, salle Pollack

Parlant de l’OSMCQ, on pourra y faire un mini come-back d’une douzaine de minutes à la Maison symphonique alors que Vasily Petrenko dirigera l’OSM dans Plages (1981) de Serge Garant, illustre cofondateur de la SMCQ. On peut se préparer à cette soirée en écoutant l’interprétation que dirigeait le compositeur (avec l’Orchestre du Centre National des Arts) que l’on trouvera dans le coffret La musique de Serge Garant.

23 et 25 février, 20h, Maison symphonique de Montréal

Le McGill Contemporary Music Ensemble offre un beau programme sous la direction de Guillaume Bourgogne le 24 février avec des œuvres de Nicole Lizée (8-Bit Urbex), Joseph Glaser (en création), Alexina Louie (la très belle Music for a Thousand Autumns [1983-85], une commande de la SMCQ) et une œuvre de Denys Bouliane, qui fut longtemps le directeur de l’Ensemble de musique contemporaine de McGill. On connait déjà ses Rythmes et échos des rivages anticostiens (2007) dans l’interprétation du Nouvel Ensemble Moderne, et on se réjouit à l’idée de réentendre ça en concert.

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On peut voir un bref extrait de la création de la pièce de Nicole Lizée par le Australian Art Orchestra au Metropolis New Music Festival 2016 dans la vidéo suivante:

24 février, 21h30, Agora Hydro-Québec — UQAM

On reste à McGill pour un autre concert à la salle Pollack le 25 février avec le McGill Percussion Ensemble sous la direction de Aiyun Huang et de Fabrice Marandola pour l’interprétation de Timber (2009) de Michael Gordon. Une œuvre étonnamment méditative de près d’une heure que l’on ne risque pas d’avoir très souvent l’occasion d’entendre à Montréal.

Quoi de mieux, par un bon dimanche après-midi, qu’une petite virée à l’Oratoire pour découvrir la « version de poche » (si j’ose dire) de la Symphonie du millénaire, pour grand orchestre, chœur mixte (24 voix), orgue, quinze clochers d’église (enregistrés), traitement et carillonneurs? Oui, oui, ça fait beaucoup de monde, mais quand même moins que lors de la création (les détails ici). Philippe Ménard dirigera l’Orchestre philharmonique des musiciens de Montréal pour interpréter l’œuvre collective de Serge ArcuriWalter BoudreauDenys BoulianeVincent CollardYves DaoustAlain DauphinaisAndré DuchesneLouis DufortSean FergusonMichel GonnevilleAndré HamelAlain LalondeEstelle LemireJean LesageLuc MarcelMarie PelletierJohn ReaAnthony Rozankovic et Gilles Tremblay.

26 février, 15h33, à la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal

(entrée libre)

Très hâte de découvrir la musique que Martin Matalon a concocté pour faire sonner les images de L’Âge d’or (1930).

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C’est l’ensemble Sixtrum qui interprétera sa pièce Le scorpion (2002) avec projection du film surréaliste de Buñuel et Dali.

26 février, 19h, 5e salle de la Place des Arts

Le 27 février, la SMCQ présente un colloque sous le thème « Radios, universités et création musicale: synergies croisés », qui se penchera, entre autres, sur « le rôle des radios publiques dans l’avancement de la musique contemporaine ». On est impatient d’entendre ce que la représentante de Radio-Canada aura à dire là-dessus!

En soirée, c’est un autre 50e anniversaire qui s’invite dans celui de la SMCQ, soit celui du « First Live Electronic Music Festival » qui a eu lieu en Californie et qui sera évoqué par des œuvres de Gordon Mumma et John Cage. Jonathan Goldman sera au bandonéon, Brigitte Poulin au piano préparé et Ofer Pelz, qui offrira aussi une création, aux électroniques.

27 février, 19h, Agora Hydro-Québec — UQAM

Un festival organisé par la SMCQ ne saurait se passer d’un concert-événement de type marathon, et cette fois ce sont les amateurs de quatuors à cordes qui seront servis, alors que le Quatuor Capitano, le Quatuor Bozzini et le Quatuor Molinari se liguent pour offrir un programme triple qui commence à 17h! Le premier saluera les compositeurs célébrés par la série Hommage de la SMCQ (Claude Vivier, Gilles Tremblay, Ana Sokolović, Denis Gougeon, John Rea), le deuxième abordera l’intégrale des quatuors de Jean Lesage et le troisième offre un programme entier de quatuors de John Zorn. Sacré programme!

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On trouve sur le disque « Jewish String Quartets » (Naxos 8.559451) un enregistrement de Kol Nidre, de John Zorn

28 février, 17h – 19h – 20h30, Salle Bourgie — Musée des beaux-arts de Montréal

Le dernier concert de février rend hommage à Montréal à travers une œuvre hybride de Guillaume Côté et Guillaume Campion, Archipel (2016), documentaire électroacoustique qui regarde la ville depuis ses rives; le programme fait aussi un clin d’œil subliminal à Expo 67 à travers l’insertion d’une pièce de Iannis Xenakis, Dikhthas (1979), qu’interprétera le duo Wapiti (Geneviève Liboiron, violon; Daniel Áñez, piano) et offre une création de l’électroacousticien Zihua Tan, conçue à partir d’ambiances sonores montréalaises.

28 février, 19h00 – Agora Hydro-Québec, UQAM

Et ce n’est que la première moitié de la chose! La suite bientôt.

http://www.smcq.qc.ca/mnm/fr/2017/prog/concert/

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MA(G)MA à l’Espace Libre: Haute tension!

2 Sep

Étrange objet que ce Ma(g)Ma, qui n’est ni une pièce de théâtre, ni un spectacle de danse, pas plus qu’un concert de musique électroacoustique, mais tout ça à la fois, et dans une fusion extrêmement réussie.

Débordant, explosif et perturbant, Ma(g)Ma, du collectif Castel Blast, s’apparente davantage au coup de poing sur la gueule qu’au divertissement scénique. Il s’en dégage une énergie vraiment décoiffante, particulièrement dans le tableau d’ouverture, alors qu’une vingtaine de gars arpentent la scène en suant la violence et la testostérone, arborant des gueules patibulaires et baveuses, regard menaçant en prime, s’empoignant brutalement sans raison et se relâchant aussitôt, ou faisant frénétiquement des pompes à deux pas de la première rangée de spectateurs. La montée dramatique de cette ouverture est très intense, et l’arrimage entre la mise en scène (Olivia Sofia et Léo Loisel) et la musique y est évidemment pour beaucoup.

Quand Thanatos s’énerve à ce point, c’est qu’Éros n’est pas bien loin, et une vingtaine de filles rejoignent les gars pour un deuxième tableau qui déborde d’énergie sexuelle et qui vire presque à l’orgie, avant que tout le monde finisse par s’affaler à la grandeur de la scène.

photo: Jules Bédard

photo: Jules Bédard

La conception sonore de Guillaume Rémus, une trame électroacoustique très sombre, diffusée sur un dispositif immersif, se marie au jeu physique de l’ensemble et participe grandement à transmettre au spectateur les émotions fortes qui se succèdent en cascades.

L’œuvre est courte (à peine plus d’une heure) et dense, et elle ne s’empêtre heureusement pas trop dans le discours, laissant plutôt parler les corps, les mouvements et les sons (néanmoins, la tirade finale, assenée avec toute la poésie d’un coup de poignard, est un autre moment très fort).

C’est à voir, à écouter et à vivre, à l’Espace Libre, jusqu’au 10 septembre.

Une critique pour Henriette

24 Avr

Me rendant au concert des Residents à La Tulipe, vendredi, avec ma douce moitié, voilà ti pas qu’on tombe sur l’ami Valium, qui, lui, n’y va pas. « La dernière fois, c’était pas très bon… » Hmmm. Vrai… « Tu m’en feras la critique » qu’il demande. Hé bien la voici.

En deux mots, ce concert de vendredi, c’était assez moyen. Mais il faut quand même relativiser. Une amie qui les voyait pour la première fois a trouvé ça super bon. Alors évidemment, si je dis que c’était moyen, c’est bien sûr par rapport à ce que ce groupe-là peut faire. J’ai vu les Residents à chacun de leur passage à Montréal.

Flashback.

22 janvier 1986. Je suis au Spectrum avec Normand Lamoureux (alias Doc Parker) pour assister au concert 13e anniversaire des Residents. C’est lui, le Doc, qui m’a fait découvrir le groupe, dont il est un fervant amateur. Un chef d’œuvre ce concert. Avec beaucoup de « gands moments » (Hello Skinny, Jailhouse Rock, I Got Rhythm, Man’s Man’s Man’s World, Cry For the Fire, etc.), la naissance de Mr. Skull, Snakefinger à la guitare, bref, l’enchantement. Un bel extrait ici.

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Photo de René Gour prise avant le concert du 22 janvier 1986, avec le Doc, deux inconnus qui se reconnaîtront, et Rito, un ami de l’émission (Anus Mundi, que je coréalisais avec le Doc à CIBL).

9 et 10 novembre 1990. C’est le festival Montréal Musiques Actuelles. Avec l’ami Kiki Bonbon (alias Jean-Luc Bonspiel), j’ai travaillé pour le festival (on a gardé, dans la nuit du 2 novembre, les chaises installées pour le concert en plein air du lendemain devant le clocher de l’UQAM – sans blague*), alors j’ai eu droit à une passe pour le festival. Et comme, avec ma douce moitié (la même qu’au début de l’article), ça commençait drôlement à chauffer, hé bien on est allé voir les deux représentations. Ça, mon vieux, c’était Cube E or The History of American Music in Three E-Z Pieces. « Magistral » tu dis? Mets-en. À ce moment-là, c’était pratiquement ce que j’avais vu de plus « moderne ». Dès le début du concert, avec From The Plains Of Mexico, j’étais cloué sur place.

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Et la suite, chansons d’esclaves et blues, puis l’apothéose avec Elvis, « The King of pizza », c’était dur à battre et, à vrai dire, la période qui a débuté avec le 13th Anniversary Show et qui se termine avec Cube E est sans doute le zénith de l’histoire des Residents. Sur le site du groupe, ils appellent ça la section « Performance Art », et c’est bien ça.

Après, on tombe dans la section « Band tours ». On n’a pas vu Wormwood ici en 1999, mais on peut le voir . Visuellement, c’est sans doute ce qu’ils ont fait de plus impressionnant, mais conceptuellement, faut s’accrocher, ça commence à verser du côté verbeux et c’est bien par là qu’on s’en va. Cependant, avant d’arriver là, il y a Icky Flix, que l’on voit à Montréal le 19 février 2001, au Spectrum. Un concert qui visait à faire connaître leur matériel plus récent, surtout des expériences multimédias (Freak Show, Bad Day on the Midway, Gingerbread Man) et quelques « hits » (si j’ose dire) revisités, comme The Third Reich ‘n’ Roll ou Constantinople et quelques extraits (vraiment moins bons que les originaux) du Commercial Album. C’était pas mal, mais disons qu’il fallait quand même y mettre du sien un peu plus que par le passé. Mais bon, en même temps, ça n’a jamais été facile non plus. Tu peux revoir le show au complet ici.

On n’a pas vu chez nous Demons Dance Alone (2003), et pas non plus le Bunny Boy Tour (2008). Dans ce dernier cas, l’album est vraiment très bon et le groupe s’y renouvellait vraiment, mais pour ce qu’on peut voir du concert (I’m Not Crazy, par exemple), c’est certainement moins intéressant que sur disque, et le décor semble avoir été recyclé d’Icky Flix

Le dernier droit, c’est la « Randy, Chuck and Bob Trilogy », qui commence par The Talking Light que l’on voit le 12 février 2010 au Club Soda. J’ai eu le plaisir de parler avec Hardy Fox (qui a vraiment la même barbe que Randy…) de la Cryptic Corporation pour un article sur ce passage du groupe en ville. On découvrait que le quatuor était réduit à trois membres suite à un départ à la retraite… Randy « signer for The Residents« , aime beaucoup parler et c’est vraiment ce qui marque les concerts de cette série. Ça peut devenir assommant. N’empêche que celui-là se terminait par une version d’enfer de Die Stay Go, qui rachetait par mal les longueurs. Si tu n’as pas vu ce concert en 2010, tu l’auras peut-être vu le 29 mars 2011 au même endroit, alors que la fin de la tournée passait par ici.

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On n’a pas vu Wonder Of Weird 40th Anniversary Tour (2013) chez nous et, finalement, maintenant qu’on a vu la troisième partie de la trilogie, on ne s’en plaint pas vraiment.

Parce que nous y voici, à Shadowland, qu’on voyait ce 22 avril à La Tulipe. Ça commençait par la projection du film Theory of Obscurity, que j’ai bien aimé, même s’il ne nous apprend pas grand chose si on connaissait déjà un peu le groupe. Il aurait pu y avoir plus d’extraits de plus de concerts, peut-être, et ça aurait pu être bien différend, évidemment, mais c’est un honnête documentaire sur un sujet difficile à cerner. Voir mon entrevue avec le réalisateur du film.

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Puis vint le trio de Rico (remplaçant Chuck – n’entrons pas là-dedans), Randy et Bob. On avait reconnu quelques titres dans la setlist, mais bon, on y allait pas vraiment pour Melon Collie Lassie… De toute façon, connues ou pas, toutes les pièces sortant du clavier de Rico sonnaient les unes comme les autres, et ce n’est pas la guitare de Bob qui allait y changer grand chose. Et puis Randy est bien gentil, et il a bien sûr cette voix si caractéristique, mais cette enfilade de pièces semblables aussi bien rythmiquement qu’harmoniquement devenait quand même rapidement monotone. Pas fâché que ce soit la fin de la trilogie. Je ne serais peut-être même pas fâché que ce soit la fin des Residents… Chose certaine, s’il y a une prochaine fois, je n’aurai pas beaucoup d’attentes à décevoir.

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Andrée DeRome, RB, René Gour, le 22 avril 2016.

 

*Encore merci pour cette job, Denis Chouinard!

FIMAV 2015, en attendant!

20 Avr

Dans un mois, on sera nombreux du côté de Victoriaville pour la 32e édition du FIMAV, qui promet de belles choses. J’y étais aussi l’année dernière, et vous pouvez lire mon reportage complet paru dans le magazine français Improjazz no 219.Improjazz_219_couv

Du jazz à la SMCQ

18 Avr

La Société de musique contemporaine du Québec offrira ce jeudi un concert aux accents fortement jazzés qui risque de faire un beau tapage!

On y entendra des œuvres de George Antheil, de Leonard Bernstein, d’Igor Stravinski et, dans le cadre de la série Hommage à John Rea, sa Treppenmusik de 1982 (pour quatuor à cordes, quatuor de saxophones, clarinette en mi bémol et clarinette en si bémol, deux clarinettes basses et délai) et son Big Apple Jam (1987-91) dans un nouvel arrangement. Rencontré en juillet dernier, le compositeur m’expliquait: « J’en fais un arrangement pour un véritable big band, ce que j’ai toujours voulu faire! Je ne suis pas un jazzman, bien sûr, mais je voulais travailler les arrangements de jazz, cependant je n’en avais pas le courage! Dans ce cas-ci, le projet original était une simulation de big band, et c’est Walter [Boudreau] qui m’a suggéré d’y revenir pour en faire une version entièrement instrumentale. » C’est donc une version unplugged de cette pièce originellement conçue pour quatuor de saxophones et séquenceur MIDI que nous aurons, l’orchestre de jazz reprenant la place qu’il occupait déjà virtuellement. Cet orchestre de jazz, on l’entendra aussi dans les Prelude, Fugue and Riffs (1949) de Bernstein et dans l’Ebony Concerto (1945) de Stravinski, deux pièces qui mettront aussi de l’avant le talent du clarinettiste André Moisan.

crédit photo: Nelleke Koop

Le pianiste Guy Livingston – crédit photo: Nelleke Koop

Pour ouvrir ce très invitant programme, rien de moins que le Ballet Mécanique (1924) de George Antheil, en version… solo! On se souviendra certainement (si on y était) de l’incroyable déferlement sonore de l’arrangement pour ensemble (de Paul Lehrman) que la SMCQ avait offert en ouverture de son tout premier festival MNM, en 2003. Cette fois-ci, Lehrman a concocté une version pour piano et acousmonium, les percussions, sirènes et autres moteurs d’avion étant diffusés à travers une quarantaine de haut-parleurs judicieusement placés autour du public. C’est le pianiste Guy Livingston, qui a fait de la musique d’Antheil son cheval de bataille, qui offrira cette performance. J’ai eu le plaisir de lui en parler ce matin, alors que je le rejoignais par téléphone aux Pays-Bas, pour qu’il nous en dise quelques mots:

« Ça doit faire une vingtaine d’années que j’ai découvert sa musique, d’abord par son autobiographie (Bad Boy of Music, 1945), qui est très romancée, mais j’adorais sa façon de raconter ses années à Paris. C’était un peu un modèle. J’étais fasciné par ses recherches très avant-gardistes. Bon, ce n’est pas toujours très original comme musique, c’est-à-dire qu’il a beaucoup piqué, dans la musique de Stravinski notamment, mais aussi chez Satie et il a aussi eu des influences de Leo Ornstein et peut-être même Henry Cowell. Son esprit collait à merveille à l’époque de l’entre-deux-guerres, de la Lost Generation, dont il faisait partie.

Alors la version solo de Ballet Mécanique, bien sûr, c’est différent de la version pour ensemble, mais ça reste très fort! C’est inspiré d’une lettre d’Antheil, dans laquelle il se décrit sur scène entouré de machines, actionnant des manivelles et déclenchant des mécanismes de toutes sortes… Évidemment, c’était quelque chose de tout à fait irréalisable, parce qu’il pensait plus vite que la technologie. Donc Paul a imaginé un enregistrement multipiste qui est diffusé sur 48 haut-parleurs et au milieu duquel se trouve le pianiste. Ça donne l’impression d’un orchestre mécanique qui joue en synchronie avec moi et, en plus, avec le film Ballet Mécanique (1924, de Dudley Murphy et Fernand Léger). Et en plus, c’est très fort, comme dans un concert rock! À fond quoi! »

Guy Livingston donne régulièrement des récitals dans lesquels il accompagne ses interprétations de projections de film; « J’ai souvent travaillé avec des films expérimentaux des années 1920, mais aussi avec des films de jeunes cinéastes d’auourd’hui. J’aime bien les possibilités que ça ouvre, de jouer par exemple une musique sur un film muet, ça peut transformer complètement la perception du spectateur. On peut jouer du Satie, du Glass ou du Antheil sur Ballet Mécanique, et ça donne trois expériences complètement différentes. C’est vrai que j’ai une préférence pour les films surréalistes ou dadaïstes… »

Et puisque l’on célèbre en 2016 le 100e anniversaire de Dada, as-tu prévu quelque chose de particulier? « J’ai déjà fait un concert ici en Hollande et je suis en train de monter autre chose pour l’année prochaine. Mais je fais aussi une émission de radio et nous sommes actuellement en train de préparer un mois dada pour septembre! »

On recommande fortement l’écoute de la série d’émissions American Highways dans lesquelles Livingston explore la musique des « Amercian Mavericks ».

Et surtout, il faudra être à la salle Pierre-Mercure ce jeudi, 21 avril 2016, 19h00, pour ce programme de jazz durant lequel Walter Boudreau chauffera l’orchestre au max!

Chouinard, Debussy, Stravinski… Sacrée soirée!

1 Avr

Claude Debussy signait quelque chose comme l’acte de naissance de la musique moderne avec la création de son Prélude à l’après-midi d’un faune en 1894; le Sacre de Stravinski aussi a plus de 100 ans, tandis que celui de Marie Chouinard en a déjà plus de 20. Ce n’est donc pas pour la découverte que l’on était au Théâtre Maisonneuve hier (sinon peut-être pour celle de l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal, que l’on était heureux de voir sur scène pour ce programme), mais pour saluer le génie — celui des compositeurs et de la chorégraphe — et la virtuosité — celle, hallucinante, des danseurs et danseuses, mais aussi celle des musiciens, qui, se frottaient quand même à une pièce qui fut en son temps qualifiée d’injouable.

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L’orchestre, par ailleurs, était sans doute un peu mince à 92 musiciens pour le Sacre, qui réclame un orchestre mieux fourni, ce qui nous a valu quelques brefs passages un peu plus ténus que ce qu’aurait souhaité le compositeur. Pour remédier à ce problème, on a amplifié l’orchestre, ce qui, par contre, n’aide pas le chef à dynamiser les plans sonores. Ça donne une version du Sacre un peu plus rock ‘n’ roll que celles que nous servent généralement les grands orchestres professionnels, mais le chef-d’œuvre de Stravinski s’en accomode fort bien. Et puis, bien sûr, c’est l’orchestre « des jeunes », alors oui, il y a des hésitations qui s’entendent, mais on doit souligner l’excellence de la section de percussions, passablement importante dans ce cas-ci, qui offre au chef Louis Lavigueur précision et puissance, et transporte l’ensemble.

Ce n’est pas si souvent que l’on a l’occasion de revoir un chef-d’œuvre du répertoire québécois de la danse, qui plus est avec un tel pendant musical, alors si vous avez l’occasion de passer par le Théâtre Maisonneuve aujourd’hui ou demain, n’hésitez pas!

Réal La Rochelle, 1937-2015

5 Fév

Pour saluer l’ami Réal La Rochelle, ce court texte, publié dans l’édition courante (février-mars 2016) du magazine La Scena Musicale.


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C’est avec une grande tristesse que l’on a appris à la fin de l’année 2015 le décès, le 27 décembre, de Réal La Rochelle. Critique de cinéma (revues Séquences et 24 images, entre autres), il a aussi enseigné les mystères du 7e art au Cégep Montmorency. Mélomane, il abordait naturellement le cinéma par son versant sonore, trop souvent négligé, et si on lui doit une biographie de Denys Arcand (L’ange exterminateur, Leméac, 2004; augmenté en 2014 d’un deuxième ouvrage consacré au cinéaste: Denys Arcand, Mille plateaux, aux Presses de l’Université Laval) on connait aussi ses travaux importants sur la musique et le son.

Fondateur de la Phonothèque du Québec, il en a relaté l’histoire dans Le patrimoine sonore du Québec: la Phonothèque québécoise (livre accompagné d’un disque de Jean-Sébastien Durocher, Triptyque, 2009). Son ouverture d’esprit n’avait d’égale que sa perpétuelle bonne humeur, comme en fait foi son travail sur l’œuvre de Maria Callas (Callas: la diva et le vinyle, Triptyque, 1987, réédité chez Christian Bourgois en 1997 sous le titre Callas: l’opéra du disque), qui l’a amené à collaborer avec l’artiste conceptuel Raymond Gervais, le platiniste Martin Tétreault et le clarinettiste Robert M. Lepage pour le CD Callas: la diva et le vinyle (Ambiances Magnétiques, 1997). C’est aussi son amour de l’opéra qui lui a fait écrire L’opéra du samedi: le Metropolitan à la radio du Québec (Presses de l’Université Laval, 2008). Enfin, c’est peut-être par l’opéra Trouble in Thaiti qu’il a découvert l’œuvre de Leonard Berstein, une autre grande figure à qui il a consacré deux livres (Leonard Bernstein: l’œuvre télévisuelle, aux Presses de l’Université Laval en 2010, et Lenny Bernstein au Parc La Fontaine: quàsi una fantasia, chez Triptique en 2010).

Il nous manquera.

 

Réjean Beaucage