Have a cigar, OdM!

7 Mar

En juillet 1977, j’avais 15 ans et, le soir du 6,  je me trouvais avec quelques amis aux abords du Stade olympique de Montréal avec l’espoir futile d’entendre le concert de Pink Floyd sortir par le grand trou de cette ruine sans toit.

Je n’étais pas spécialement un fan à l’époque, mais c’était tout de même un événement que ce 1er spectacle rock dans ce lieu toujours en construction (alors que, n’est-ce pas, les Jeux olympiques étaient déjà du passé).

Avec Pink Floyd, j’ai eu une période Meddle, et une autre Ummagumma. J’aimais bien Dark Side aussi, évidemment, mais pas trop Atom Heart Mother (alors qu’aujourd’hui, j’attends impatiemment que l’on nous rejoue ça comme l’ont fait des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France en 2012 sous la direction de Ron Geesin[1]).

J’étais éventuellement passé à autre chose (Yes, Giant, VdGG, King Crimson, Zappa, etc.), mais en 1977, le monde s’apprêtait à basculer dans le mouvement punk pour quelques belles années. On verrait très bientôt les Sex Pistols, avec Johnny Rotten et son fameux t-shirt « I Hate Pink Floyd »… (Aujourd’hui, il adore ça)

Pendant un moment, c’était tellement mal vu de faire du « rock progressif » que Robert Fripp, en période de sevrage de King Crimson, se baladait avec un macaron sur lequel était écrit « No, I just look like him » ou « I am not Robert Fripp »…

Mais bon, ce soir du 6 juillet 1977, on n’en était pas encore là, et le stade était toujours en construction. Tellement, d’ailleurs, qu’il y avait de nombreux échaffaudages par lesquels il était possible de monter pour accéder, hé oui, à l’intérieur du stade. C’est pourquoi, constatant que le grand trou qui servait de toit ne laissait vraiment pas passer grand chose, et voyant que quelques courageux s’étaient déjà lancés à l’assaut des tours, j’ai suivi le mouvement, fermant pour ainsi dire la marche (derrière moi, c’était des policiers!). Rendu en haut, hop, au pas de course vers la lumière et puis re-hop, après un saut de presque trop haut, j’avais les pieds sur la pelouse du stade, et c’était l’intermission…

Je me suis trouvé une bonne place parmi des gens dont certains venaient de très loin et avaient payé très chers leur billet pour un concert assez ordinaire (surtout à cause du son, littéralement pourri — est-ce que ça s’est jamais arrangé au stade?). Bref, j’ai vu la moitié du truc et, à vrai dire, je ne me souviens pas de grand chose, pas plus, de toute façon, que Roger Waters, qui nous disait justement l’année dernière en conférence de presse ne pas se souvenir de grand chose non plus. N’empêche, sans pouvoir mettre le doigt sur le déclencheur, il confirmait bien que c’est ce soir-là qu’il a ressenti, plus que jamais, la matérialité bien réelle du quatrième mur, celui qui sépare le public des artistes, et celui qu’il allait finalement faire construire dans The Wall (il faut voir le film disponible sur Netflix)

40 ans plus tard, sa vision d’horreur revient hanter les lieux du crime. Bien sûr qu’on est fiers que ce soit à Montréal, avec une équipe locale. On est heureux pour Julien Bilodeau, dont on a déjà pu apprécier le talent à quelques occasions, dont, pas la moindre, lors de l’inauguration de la Maison symphonique avec l’OSM jouant sa pièce Qu’un cri élève nos chants! (écoutez un extrait ici). On a hâte de mesurer à quel point il aura fait sienne l’œuvre de Waters.

Oui, ça fait plaisir que Montréal offre un autre « second souffle » à cette grande œuvre du rock progressif, comme c’était un plaisir de redécouvrir Genesis grâce à des gars de chez nous (The Musical Box) qui offrent maintenant ce même plaisir à des gens de partout, de voir Yes se donner quelques années de sursis grâce au montréalais Benoît David ou de constater que, maintenant qu’il a conconcté une ixième mouture de son band, lorsque Robert Fripp annonce un passage de King Crimson au Festival international de jazz de Montréal en juillet 2017, pratiquement tout le monde en parle.

Bref, prog pas mort… Quant à la transposition à l’opéra, avec l’équipe de l’Opéra de Montréal, on peut être optimiste, et penser comme Roger Waters, que Ça ira!

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Another Brick In The Wall, Opéra de Montréal – à compter du 11 mars 2017

Musique: Julien Bilodeau • Livret: Roger Waters • Mise en scène: Dominique Champagne • Direction d’orchestre: Alain Trudel

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[1] Les amis Walter Boudreau et René Bosc pourraient bien nous ramener ça bientôt, c’est à surveiller… D’ailleurs, pour ce qui est de redonner vie à des classiques, on salue le travail de René Bosc, Directeur musical de l’Ensemble de l’Institut Stravinsky, qui nous donnait le 3 mars dernier, dans le cadre de MNM, une magnifique version de l’Histoire du Soldat, dans une mise à jour technologique du meilleur goût et avec des musiciens de haut calibre. Avec lui, le catalogue de Stravinsky est entre bonnes mains!

 

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