Du jazz à la SMCQ

18 Avr

La Société de musique contemporaine du Québec offrira ce jeudi un concert aux accents fortement jazzés qui risque de faire un beau tapage!

On y entendra des œuvres de George Antheil, de Leonard Bernstein, d’Igor Stravinski et, dans le cadre de la série Hommage à John Rea, sa Treppenmusik de 1982 (pour quatuor à cordes, quatuor de saxophones, clarinette en mi bémol et clarinette en si bémol, deux clarinettes basses et délai) et son Big Apple Jam (1987-91) dans un nouvel arrangement. Rencontré en juillet dernier, le compositeur m’expliquait: « J’en fais un arrangement pour un véritable big band, ce que j’ai toujours voulu faire! Je ne suis pas un jazzman, bien sûr, mais je voulais travailler les arrangements de jazz, cependant je n’en avais pas le courage! Dans ce cas-ci, le projet original était une simulation de big band, et c’est Walter [Boudreau] qui m’a suggéré d’y revenir pour en faire une version entièrement instrumentale. » C’est donc une version unplugged de cette pièce originellement conçue pour quatuor de saxophones et séquenceur MIDI que nous aurons, l’orchestre de jazz reprenant la place qu’il occupait déjà virtuellement. Cet orchestre de jazz, on l’entendra aussi dans les Prelude, Fugue and Riffs (1949) de Bernstein et dans l’Ebony Concerto (1945) de Stravinski, deux pièces qui mettront aussi de l’avant le talent du clarinettiste André Moisan.

crédit photo: Nelleke Koop

Le pianiste Guy Livingston – crédit photo: Nelleke Koop

Pour ouvrir ce très invitant programme, rien de moins que le Ballet Mécanique (1924) de George Antheil, en version… solo! On se souviendra certainement (si on y était) de l’incroyable déferlement sonore de l’arrangement pour ensemble (de Paul Lehrman) que la SMCQ avait offert en ouverture de son tout premier festival MNM, en 2003. Cette fois-ci, Lehrman a concocté une version pour piano et acousmonium, les percussions, sirènes et autres moteurs d’avion étant diffusés à travers une quarantaine de haut-parleurs judicieusement placés autour du public. C’est le pianiste Guy Livingston, qui a fait de la musique d’Antheil son cheval de bataille, qui offrira cette performance. J’ai eu le plaisir de lui en parler ce matin, alors que je le rejoignais par téléphone aux Pays-Bas, pour qu’il nous en dise quelques mots:

« Ça doit faire une vingtaine d’années que j’ai découvert sa musique, d’abord par son autobiographie (Bad Boy of Music, 1945), qui est très romancée, mais j’adorais sa façon de raconter ses années à Paris. C’était un peu un modèle. J’étais fasciné par ses recherches très avant-gardistes. Bon, ce n’est pas toujours très original comme musique, c’est-à-dire qu’il a beaucoup piqué, dans la musique de Stravinski notamment, mais aussi chez Satie et il a aussi eu des influences de Leo Ornstein et peut-être même Henry Cowell. Son esprit collait à merveille à l’époque de l’entre-deux-guerres, de la Lost Generation, dont il faisait partie.

Alors la version solo de Ballet Mécanique, bien sûr, c’est différent de la version pour ensemble, mais ça reste très fort! C’est inspiré d’une lettre d’Antheil, dans laquelle il se décrit sur scène entouré de machines, actionnant des manivelles et déclenchant des mécanismes de toutes sortes… Évidemment, c’était quelque chose de tout à fait irréalisable, parce qu’il pensait plus vite que la technologie. Donc Paul a imaginé un enregistrement multipiste qui est diffusé sur 48 haut-parleurs et au milieu duquel se trouve le pianiste. Ça donne l’impression d’un orchestre mécanique qui joue en synchronie avec moi et, en plus, avec le film Ballet Mécanique (1924, de Dudley Murphy et Fernand Léger). Et en plus, c’est très fort, comme dans un concert rock! À fond quoi! »

Guy Livingston donne régulièrement des récitals dans lesquels il accompagne ses interprétations de projections de film; « J’ai souvent travaillé avec des films expérimentaux des années 1920, mais aussi avec des films de jeunes cinéastes d’auourd’hui. J’aime bien les possibilités que ça ouvre, de jouer par exemple une musique sur un film muet, ça peut transformer complètement la perception du spectateur. On peut jouer du Satie, du Glass ou du Antheil sur Ballet Mécanique, et ça donne trois expériences complètement différentes. C’est vrai que j’ai une préférence pour les films surréalistes ou dadaïstes… »

Et puisque l’on célèbre en 2016 le 100e anniversaire de Dada, as-tu prévu quelque chose de particulier? « J’ai déjà fait un concert ici en Hollande et je suis en train de monter autre chose pour l’année prochaine. Mais je fais aussi une émission de radio et nous sommes actuellement en train de préparer un mois dada pour septembre! »

On recommande fortement l’écoute de la série d’émissions American Highways dans lesquelles Livingston explore la musique des « Amercian Mavericks ».

Et surtout, il faudra être à la salle Pierre-Mercure ce jeudi, 21 avril 2016, 19h00, pour ce programme de jazz durant lequel Walter Boudreau chauffera l’orchestre au max!

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