Y mettre du chien!

28 Fév

J’aime beaucoup les interprétations qui sont, justement, des interprétations, c’est-à-dire des relectures dans lesquelles l’interprète met assez de lui-même pour faire avancer encore un peu l’œuvre originale. C’est bien lorsqu’elle devient un véhicule pour ce genre d’interprétation qu’une œuvre atteint véritablement l’intemporalité.

J’aime beaucoup, par exemple, le Satie revisité d’Ulrich Gumpert (Erik Satie et autres messieurs), les Pictures at an Exhibiton d’Emerson, Lake & Palmer, ou le Boléro de Ravel façon Zappa. Celui-là a fait plus d’un clin d’œil à Stravinsky tout au long de sa carrière et il a certainement contribué à le faire sortir du carcan de l’interprétation « classique ». Le Sacre du printemps n’a pas volé le qualificatif de chef-d’œuvre qu’on lui accole depuis 100 ans et c’est sans aucun doute une œuvre très difficile à maîtriser, que l’on parle de la version orchestrale ou de la version pour piano à quatre mains. Même dans le monde très conservateur des orchestres symphoniques, où l’on cherche chaque fois à s’approcher au maximum de ce qui serait la version « canonique », tout en y mettant quand même un peu du sien (délicat dosage!), toutes les versions sont différentes, et aucune n’est entièrement satisfaisante. Alors aussi bien y mettre du sien à plein.

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Igor Stravinsky

C’est bien en ne s’en privant pas que le pianiste Serhiy Salov nous a offert une interprétation solo magistrale du Sacre en 2010 et le trio étatsunien The Bad Plus, qui s’est fait connaître par – outre ses propres compositions – des interprétations très inspirées de titres tirés du répertoire « pop » (Heart Of Glass, Smells Like Teen Spirit, Comfortably Numb, etc.) en a livré l’année dernière une version éblouissante (ici).

Les montréalais de l’ensemble Quartetski étaient très certainement déjà en train de préparer leur propre version à ce moment-là. Après Prokofiev, Satie, John Cage et Tobias Hume (qui semble un peu perdu dans cette liste), voici qu’ils nous offraient lundi dernier dans le cadre des after hours du festival MNM, à la Casa del popolo, leur propre version du Sacre. L’enregistrement du concert est disponible sur le site de Quartetski et, malgré ses défauts techniques, il vaut le détour. Il faudra un bon enregistrement en studio pour pouvoir se laisser transporter complètement par cette vision rafraîchissante de Stravinsky, mais le plus important est déjà là, pas de doute. Cette version a du chien, et ça fait du bien!

MNM se poursuit jusqu’à dimanche.

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