Dali? Non!

18 Jan

Je n’aime que la mauvaise musique ronflante, ou la musique confuse, exagérée, paroxystique, comme, par exemple, Tristan et Yseult. Quand je reçois de visiteurs, en fin de journée, dans le patio, à Port Lligat, c’est toujours Tristan et Yseult. Le disque est rayé et le pick-up médiocre. Ça grésille, c’est très bien, on dirait qu’on fait cuire des sardines.

Salvador Dali, Les passions selon Dali (Dali/Pauwels)

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Oh boy… par où commencer? Disons tout de suite que j’aime beaucoup l’humour de Dali. Quelqu’un qui se présente à un groupe d’anarchistes et de trotskystes en se proclamant catholique apostolique et romain, et monarchiste, et avec assez de folie dans l’oeil pour qu’on le croit, hé bien oui, j’aime ça. Et il y a aussi ses fréquents éclairs de génie, par exemple: « l’univers est inifini, mais d’un seul côté ». Le genre de phrase qui fait qu’on pause le livre et qu’on réfléchit un peu. Et puis, bien sûr, il y aussi Dali, l’artiste visuel, chantre de la paranoïa-critique, obsédé par le trompe-l’oeil et photographe de ses rêves.

Hé bien, dans La Verità de monsieur Finzi Pasca, qu’on montre ces jours-ci à la salle Maisonneuve, il n’y a rien, mais rien de tout ça.

Oh! Bien sûr! Il y a des clounes!! Ouh! LaLa! Des clounes! Comme c’est drôle!! Le fameux rideau de scène autour duquel a été montée toute la publicité de l’affaire (Tristan fou, 1944) aurait aussi bien pu avoir été peint par Muriel Millard que ça n’aurait fait strictement aucune différence. Strictement aucune! Le spectacle n’est pas autre chose qu’une suite sans ordre particulier de numéros de cirque très très standards. Le seul moyen de parler de surréalisme en rapport avec cette production, ce pourrait être en rappelant que la bande à Breton aimait bien aiguiser son mauvais goût en assistant à des spectacles médiocres. J’imagine un peu les réunions de production:

– Bon, alors là, on va faire descendre le rideau de Dali pour 2 ou3 minutes; pendant ce temps-là, les clounes, vous improvisez quelque chose. Après, ce sera le numéro de jonglage avec les baballes. Puis, on ramène encore le rideau 2 minutes, on trouvera quelque chose à faire devant, et puis ce sera le numéro où on se lance les bâtons. Attention les mecs, faut répéter, c’est pas aussi facile que ça en a l’air! Après, on remet encore un petit coup de rideau, puis on envoie les filles qui se tortillent dans les échelles tordues – ça c’est super-dalinien! Ensuite hop! Le rideau! Et puis les clounes. Et après…

Rien, ou presque, n’évoquait même l’univers de Dali, pourtant éminemment fertile en éléments pouvant inspirer un spectacle sur scène. Non, une corrida, ce n’est pas vraiment ce que j’avais en tête (vous vous trompez peut-être, comme monsieur Finzi Pasca, avec Picasso?) Vous dites quoi? Que j’exagère? Incroyable je vous dis. Si vous avez la chance de voir le film Babaouo, tourné en 1998 par Manuel Cussó-Ferrer d’après un scénario de 1932 de Dali, vous pourrez mesurer le foisonnement d’idées qui pourrait servir à faire un spectacle sur scène d’un genre rien de moins que grandiose. Boy. Je ne sais pas ce qu’ils ont fait avec leur budget (16 représentations à la salle Maisonneuve, mettons que tu peux te payer de l’équipement), mais j’espère qu’il leur en restera pour racheter des baballes pour remplacer celles qu’ils ont échappées dans le public.

Oui, j’avoue, mes deux voisines de droite riaient… (rien qu’à voir une tête de rhinocéros [oui, oui, là, il y a un lien avec Dali], elles riaient…). Mais franchement, au rayon humoristique, ça ne devait pas être très avancé dans le cursus de l’université de l’humour… Peut-être Dali, qui ne se séparait que rarement, dit-on, de son disque du pétomane, et qui avait placer en annexe à son Journal d’un génie « L’Art de péter ou manuel de l’artilleur sournois par le Comte de la Trompette », aurait-il apprécié la subtilité du cloune qui tirait sur la foule avec une extension de son pénis (oh, ouah, osé!), mais j’en doute. Et peut-être Dali, qui appréciait la mauvaise musique, comme il le dit dans la citation placée ici en exergue, aurait-il apprécié les airs de Maria Bonzanigo, qui agit aussi comme chorégraphe.

Parlant de chorégraphe, je n’ai pu m’empêcher de penser à Marie Chouinard au début du spectacle, alors qu’un danseur se servait de béquilles comme accessoires (oui, oui, ça aussi, c’est dalinien). Mettons que la grande Marie aurait mis des épices dans cette soupe… Dans un autre numéro, c’est aux Mothers of Invention de Zappa que je pensais. À l’époque où les chanteurs Flo & Eddie faisaient partie du groupe et qu’ils se transformaient en concert pour un numéro des Sanzini Brothers durant lequel ils lançaient sans arrêt des exclamations « Oh! », « Ah! », « Yii! », et exécutaient le « world famous Sodomy Trick« ! Oui, c’est à ça que je pensais.

OK, paraphrasons Dali: entre un amateur de cirque et moi, il n’y a qu’une différence, c’est que je ne suis pas amateur de cirque… Mais bon, ce n’est vrai qu’à moitié; je suis en général assez bon public quand on me donne un assez bon spectacle. À un moment, les deux clounes sont revenus avec des diabolos (ce truc que l’on manipule avec une corde reliée à deux bâtons); l’un des clounes a lancé le sien très très haut et… il est retombé tout plein de diabolos!!! Oh que c’était drôle et imprévisible!!! Et puis ils l’ont refait encore!!! Oh, on n’en pouvait plus!!! Mais on savait une chose: c’est que lorsque la scène est pleine d’objets comme ça, ce doit être l’entracte. Merci, bonsoir.

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