Careful with that axe, Étienne!

12 Mar

On a donc mis une autre brique dans le mur à Montréal le 11 mars 2017 avec la création, après l’album original, les nombreux spectacles, le film et l’autre film, de l’opéra Another Brick In The Wall. Dans toutes les déclinaisons précédentes, les éléments communs étaient l’histoire et la musique, aussi, celui qui avait la partie la plus difficile dans la nouvelle mouture de l’Opéra de Montréal n’était-il pas Roger Waters, dont le le livret reste pratiquement inchangé, mais bien le compositeur Julien Bilodeau, chargé, pour ainsi dire, de réécrire l’histoire… Il avait dans les mains un couteau à deux tranchants: s’il s’éloignait trop de la musique originale, on le lui reprocherait, et s’il en restait trop près, on le lui reprocherait… Alors?

photo ©Yves Renaud

Qu’est-ce qui fait un bon opéra? Il faut une bonne histoire, bien racontée, une bonne mise en scène, dans une scénographie qui marche, des chanteurs qui sont aussi des acteurs, et, bien sûr, une musique puissante pour soutenir tout ça. Ça fait beaucoup d’éléments… Another Brick In The Wall est un bon opéra. L’histoire qu’a imaginée Roger Waters est originale, et sa variation sur le thème « Touring Can Make You Crazy » (ça, c’est un titre de Zappa, dans 200 Motels), nourrie par les obsessions d’une vie, est bien tournée. La mise en scène de Dominique Champagne, dans les décors de Stéphane Roy, et surtout dans les projections vidéo, omniprésentes, de Johnny Ranger, est extrêmement efficace; l’œil n’a pas le temps de s’emmerder, et c’est exactement ce qu’il faut. On note que ces trois-là font une première présence à l’Opéra de Montréal et on espère ne pas être le seul à prendre des notes… Il arrive trop souvent à l’opéra que la mise en scène soit un maillon faible, et alors l’édifice risque à chaque instant de s’écrouler, ce qui, bien souvent, ne manque pas d’arriver… Pas de ça ici. Quand ce n’est pas l’image projetée qui retient l’attention, ou qui appuie l’action, ce sont les membres du chœur ou les figurants qui occupent l’espace et capturent notre regard (comme cette danseuse épileptique en fond de scène, jouant sa folie toute seule, comme une anomalie, un truc bizarre dans un recoin de la tête de Pink, le personnage principal, en plein naufrage). Pink, c’est l’Étienne du titre de cet article, le baryton Étienne Dupuis, qui s’amuse ferme dans le costume de la rock star, passant près d’étêter une groupie avec sa guitare pendant l’une de ses crises (d’où notre conseil, évidemment emprunté à un titre de Pink Floyd). Lui non plus ne nous emmerde pas, bien au contraire. Depuis le fondateur « épisode du crachat » jusqu’au procès final, Dupuis porte son Pink avec aplomb, et sa présence se ressent jusque dans le fond de la salle.

Étienne Dupuis (Pink) – photo ©Yves Renaud

Parmi les « débuts à l’OdM », il y a aussi Marie-Chantale Vaillancourt, qui a fait de beaux costumes (j’étais un peu loin pour en dire plus), et Louis Dufort, dont la conception sonore appuie avec brio la vidéographie et donne à certains moments importants toute leur puissance (oui, oui, je connais très bien Louis, mais ça ne l’empêche pas d’être plein de talent!). Le concepteur d’éclairage Étienne Boucher, qui a certainement étudié son Pink Floyd (on sait que l’éclairage avait une part importante dans leurs concerts) n’est pas un nouveau à l’OdM, et il fait lui aussi du très beau travail.

Et la musique alors? Trop originale ou trop collée sur l’originale? Pour son premier opéra, Julien Bilodeau s’est fait offrir un truc immense, qui pourrait s’écraser comme le zeppelin Hindenburg ou couler comme le Titanic. Ses collègues dans cette aventure n’ont pas eu le dixième de la pression que le compositeur a dû supporter. Il est probable que ceux qui apprécieront le mieux sa musique sont ceux qui connaissent le moins celles de Waters et Gilmour; les autres seront un peu, comme lui, entre deux chaises. Il y a quelque chose de frustrant à reconnaître un air qui se retient d’arriver complètement, qui branle dans le manche entre la nouveauté et le souvenir, qui se retient d’être lui-même… Mais Bilodeau donne aux airs originaux des couleurs « modernes » qui les décollent pour de bon de leurs restants de racines blues (oh oui, Pink Anderson et Floyd Council sont bien loin!). « Modernes » comme dans « début du 20e siècle », avec des harmonies qui nous ramènent le souvenir d’un Wozzeck, ce qui est évidemment parfaitement dans le ton de cette histoire de guerre et de santé mentale chancelante. D’ailleurs, avec ce relent de Première Guerre, et le père de Pink qui meurt à la Deuxième, quand arrive le personnage de Vera Lynn (excellente Stéphanie Pothier), pour chanter « We’ll meet again / Don’t know where / Don’t know when », on a un petit frisson, et l’impression que c’est de la Troisième qu’elle parle…

photo ©Yves Renaud

Bref, Bilodeau n’avait pas la partie facile et il tire habilement son épingle du jeu, même si c’est pour nous l’enfoncer à quelques reprises là où ça titille… On finit par se faire l’oreille aux thèmes qui passent en filigrane ou qui sont évoqués par une ligne de texte. Et puis… et puis on ne va quand même pas dire comment se déroule la fin, mais l’important, c’est qu’elle ne nous laisse pas sur notre faim! Au final, le chef du Chœur de l’Opéra de Montréal Claude Webster peut être fier de sa troupe, comme le chef d’orchestre Alain Trudel, qui dirige l’Orchestre Métropolitain avec brio. D’ailleurs, Trudel ne retenait pas sa joie au moment de saluer, et on le comprend. Dix représentations, c’est sans doute une première à l’Opéra de Montréal, et pour la production, l’aura de Roger Waters aidant, ce n’est sans doute qu’un début. Ça ne fera sans doute pas autant de bruit que l’œuvre originale, mais, après tout, un mur ne tombe pas deux fois. C’est bien une autre brique dans un grand édifice, une structure qui a de l’histoire, et une histoire qui continue.

photo ©Yves Renaud

Have a cigar, OdM!

7 Mar

En juillet 1977, j’avais 15 ans et, le soir du 6,  je me trouvais avec quelques amis aux abords du Stade olympique de Montréal avec l’espoir futile d’entendre le concert de Pink Floyd sortir par le grand trou de cette ruine sans toit.

Je n’étais pas spécialement un fan à l’époque, mais c’était tout de même un événement que ce 1er spectacle rock dans ce lieu toujours en construction (alors que, n’est-ce pas, les Jeux olympiques étaient déjà du passé).

Avec Pink Floyd, j’ai eu une période Meddle, et une autre Ummagumma. J’aimais bien Dark Side aussi, évidemment, mais pas trop Atom Heart Mother (alors qu’aujourd’hui, j’attends impatiemment que l’on nous rejoue ça comme l’ont fait des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France en 2012 sous la direction de Ron Geesin[1]).

J’étais éventuellement passé à autre chose (Yes, Giant, VdGG, King Crimson, Zappa, etc.), mais en 1977, le monde s’apprêtait à basculer dans le mouvement punk pour quelques belles années. On verrait très bientôt les Sex Pistols, avec Johnny Rotten et son fameux t-shirt « I Hate Pink Floyd »… (Aujourd’hui, il adore ça)

Pendant un moment, c’était tellement mal vu de faire du « rock progressif » que Robert Fripp, en période de sevrage de King Crimson, se baladait avec un macaron sur lequel était écrit « No, I just look like him » ou « I am not Robert Fripp »…

Mais bon, ce soir du 6 juillet 1977, on n’en était pas encore là, et le stade était toujours en construction. Tellement, d’ailleurs, qu’il y avait de nombreux échaffaudages par lesquels il était possible de monter pour accéder, hé oui, à l’intérieur du stade. C’est pourquoi, constatant que le grand trou qui servait de toit ne laissait vraiment pas passer grand chose, et voyant que quelques courageux s’étaient déjà lancés à l’assaut des tours, j’ai suivi le mouvement, fermant pour ainsi dire la marche (derrière moi, c’était des policiers!). Rendu en haut, hop, au pas de course vers la lumière et puis re-hop, après un saut de presque trop haut, j’avais les pieds sur la pelouse du stade, et c’était l’intermission…

Je me suis trouvé une bonne place parmi des gens dont certains venaient de très loin et avaient payé très chers leur billet pour un concert assez ordinaire (surtout à cause du son, littéralement pourri — est-ce que ça s’est jamais arrangé au stade?). Bref, j’ai vu la moitié du truc et, à vrai dire, je ne me souviens pas de grand chose, pas plus, de toute façon, que Roger Waters, qui nous disait justement l’année dernière en conférence de presse ne pas se souvenir de grand chose non plus. N’empêche, sans pouvoir mettre le doigt sur le déclencheur, il confirmait bien que c’est ce soir-là qu’il a ressenti, plus que jamais, la matérialité bien réelle du quatrième mur, celui qui sépare le public des artistes, et celui qu’il allait finalement faire construire dans The Wall (il faut voir le film disponible sur Netflix)

40 ans plus tard, sa vision d’horreur revient hanter les lieux du crime. Bien sûr qu’on est fiers que ce soit à Montréal, avec une équipe locale. On est heureux pour Julien Bilodeau, dont on a déjà pu apprécier le talent à quelques occasions, dont, pas la moindre, lors de l’inauguration de la Maison symphonique avec l’OSM jouant sa pièce Qu’un cri élève nos chants! (écoutez un extrait ici). On a hâte de mesurer à quel point il aura fait sienne l’œuvre de Waters.

Oui, ça fait plaisir que Montréal offre un autre « second souffle » à cette grande œuvre du rock progressif, comme c’était un plaisir de redécouvrir Genesis grâce à des gars de chez nous (The Musical Box) qui offrent maintenant ce même plaisir à des gens de partout, de voir Yes se donner quelques années de sursis grâce au montréalais Benoît David ou de constater que, maintenant qu’il a conconcté une ixième mouture de son band, lorsque Robert Fripp annonce un passage de King Crimson au Festival international de jazz de Montréal en juillet 2017, pratiquement tout le monde en parle.

Bref, prog pas mort… Quant à la transposition à l’opéra, avec l’équipe de l’Opéra de Montréal, on peut être optimiste, et penser comme Roger Waters, que Ça ira!

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Another Brick In The Wall, Opéra de Montréal – à compter du 11 mars 2017

Musique: Julien Bilodeau • Livret: Roger Waters • Mise en scène: Dominique Champagne • Direction d’orchestre: Alain Trudel

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[1] Les amis Walter Boudreau et René Bosc pourraient bien nous ramener ça bientôt, c’est à surveiller… D’ailleurs, pour ce qui est de redonner vie à des classiques, on salue le travail de René Bosc, Directeur musical de l’Ensemble de l’Institut Stravinsky, qui nous donnait le 3 mars dernier, dans le cadre de MNM, une magnifique version de l’Histoire du Soldat, dans une mise à jour technologique du meilleur goût et avec des musiciens de haut calibre. Avec lui, le catalogue de Stravinsky est entre bonnes mains!

 

Des pistes pour MNM (2)

2 Mar
  • Coup d’œil no 2 (mars)

Six par 6

En mars, le « Retour vers le futur » de Montréal / Nouvelles Musiques nous ramène jusqu’à Debussy et Stravinsky, pour deux œuvres majeures du début du 20e siècle qui annonçaient chacune à leur manière la musique à venir. On a eu hier à la salle de concert du Conservatoire de musique de Montréal de belles versions de La Mer et du Sacre du Printemps arrangés pour l’ensemble Orford Six Pianos. On a aussi eu le plaisir d’entendre la trop courte Manifestation Nocturne (2013), pour 6 pianos et 6 casseroles, de Simon Bertrand; un retour sur notre Printemps érable par un compositeur qui n’est pas connu pour faire les choses à moitié! Aucune des pièces au programme n’a été enregistrée jusqu’à maintenant par le sextuor, mais il a tout de même deux disques à son actif, chez Atma.

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1er mars, 19h, Conservatoire de musique de Montréal

Nicole Lizée

Originaire de Gravelbourg en Saskatchewan, mais montréalaise d’adoption, la lauréate, en 2013, du prix Jules-Léger de la nouvelle musique de chambre connait beaucoup de succès. Sa musique a été interprétée par le Quatuor Bozzini au Festival de musique contemporaine d’Huddersfield (Hitchcock Études), donnée en création par le Kronos Quartet (Death to Kosmische à Carnegie Hall ou The Golden Age of the Radiophonic Workshop [Fibre-Optic Flowers] au Royal Albert Hall) ou encore par le San Francisco Symphony (Kool-Aid Acid Test #17: Blotterberry Bursst, à la Soundbox), entre autres. Hier, c’est de Vancouver que nous venait le Standing Wave Ensemble pour un programme entier d’œuvres de Nicole Lizée (Sculptress [2010], Ouijist [2013], et Hitchcock Études [2014]). On peut écouter sa musique sur un enregistrement édité par le Centre de musique canadienne (« This Will Not Be Televised », 2008, Centrediscs) ou interprétée par l’Ensemble contemporain de Montréal sur son disque « Nouveaux territoires 03« , chez Atma (2009). On peut aussi lire le portrait qu’a fait Kiersten Van Vliet de la compositrice dans le numéro de février 2017 de La Scena musicale.

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1er mars, 21h, Agora Hydro-Québec

Sonido y espacio de México

Après plusieurs collaborations avec l’Université McGill au début du festival, c’est au tour de l’Université Concordia de s’associer à MNM à travers une entente avec le Centro Mexicano para la Musica y las Artes Sonoras (Centre mexicain pour la musique et les arts sonores) qui nous vaut encore une fois la visite (après celle de 2015, toujours pour MNM) d’artistes mexicains associés au CMMAS. L’électroacousticien Rodrigo Sigal et la violoncelliste Iracema de Andrade interpréteront des œuvres de Javier Álvarez, Ana Lara, Carlos López Charles, Gonzalo Macías, Jean Angelus Pichardo et Rodrigo Sigal. On peut entendre la musique de Rodrigo Sigal sur de nombreux disques, depuis les compilations de l’étiquette russe Electroshock (vol. VII) jusqu’à celles de la Communauté électroacoustique canadienne (Cache 2003).

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2 mars, 19h, Agora Hydro-Québec

RUST

L’exploration sonore se poursuivra avec le duo RUST, formé de l’électroacoustien américain Benjamin Thigpen et de l’inventeur d’instruments montréalais Jean-François Laporte, dans la Black Box d’Hexagram.

2 mars, 21h, Fine Arts Black Box — Édifice EV — Université Concordia

Nul n’est prophète…

Le concert du quatuor de percussions (2) et pianos (2) Yarn/Wire nous arrive de New York pour nous offrir en premières auditions canadiennes des œuvres de compositrices originaires de Toronto et de Calgary. De Chiyoko Szlavnics, qui vit maintenant à Berlin, nous entendrons Mind In Moving (2015), et de Zosha Di Castri, qui vit maintenant à New York, nous entendrons Tachipito (2016).

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3 mars, 19h, Agora Hydro-Québec

L’Histoire du Soldat!

Le directeur de l’Institut Stravinsky, René Bosc, qui fut aussi directeur du festival Présences (Radio-France), et que ceux qui connaissent son amour pour Genesis appellent affectueusement Musical Bosc, revient à MNM pour diriger un projet qui l’occupe beaucoup par les temps qui courent, puisqu’il travaille sur trois productions différentes de L’Histoire du Soldat (1918), de Stravinsky et Ramuz, dont une pour jeune public (dans laquelle c’est Héloïse, sa fille de 7 ans, qui raconte l’Histoire!). Ici, c’est Bosc & Son que nous aurons, puisque l’œuvre de Stravinsky sera présentée avec projection simultanée du film Les 100 ans du Soldat, de Jérôme Bosc.

Le chef emmène avec lui l’Ensemble de la Fondation Igor Stravinky et la violoniste Hélène Collerette. Aussi au programme, les Variations, op. 11 (1977), de Jacques Hétu.

3 mars, 21h, 5e Salle de la PdA

Portraits romantique

La pianiste Christina Petrowska Quilico vient tout juste de faire paraître sous étiquette Centredisques un album double consacré, comme une grande partie des nombreux disques qu’elle a enregistrés, à des œuvres de compositeurs canadiens; dans ce cas-ci: Michel-Georges Brégent, Patrick Cardy, Micheline Coulombe Saint-Marcoux, Steven Gellman, David Jaeger, Peter Paul Koprowski, Diana McIntosh et John Rea. De ce dernier, qui était la saison dernière le compositeur « hommagé » de la SMCQ, elle nous offre Las Meninas, Vingt et une variations transformationnelles sur les Scènes d’enfants de Robert Schumann. Une Rhapsodie sur un thème de Brahms (1992) de Koprowski et la Fantaisie sur un thème de Robert Schumann (1983) de Gellman complète ce premier CD de « Classics With A Twist ».

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Le second disque, « Worlds Apart », est en effet à des années-lumière du premier. On y trouve Quivi Sospiri de Jaeger, une pièce de 1979 pour piano et synthétiseur « transposée au 21e siècle » sur instruments numériques, The Masks of Astarte (1981), une pièce virtuose de Cardy, et trois œuvres qui laissent une grande place aux choix de l’interprète: Assemblages (1969/1972) de Coulombe Saint-Marcoux, Worlds Apart (1988) de McIntosh et Gestes (1970/1993) de Brégent. Cette dernière pièce est un véritable feu d’artifice à la Xenakis et, bien que la partition « en kit » produise toujours des interprétations différentes, on regrette qu’elle ne soit pas au programme de ce concert à MNM. Dans ce programme tout Brégent, la pianiste interprétera une sélection des 16 Portraits, Études romantiques pour piano, qu’elle a également enregistrés pour Centredisques (2005).

4 mars, 19h, Chapelle historque du Bon-Pasteur

Twouiiit Opéra

MNM se termine avec un cabaret burlesque, gracieuseté de l’Ensemble contemporain de Montréal, qui reprend un programme qui a connu un grand succès au Lion d’Or en 2015. Le compositeurs Nicolas Gilbert et Maxime McKinley proposent Sur le fil, un micro-opéra pour soprano, ténor, percussions et échantillonneur, tandis que Marc Hyland offre une œuvre dada: Bonheurs, une histoire de la musique «minute» pour soprano, ténor, violoncelle et bande. Avec Marie-Annick Béliveau (mezzo et mise en scène), Michiel Schrey (ténor), Frédéric Lambert (maître de cérémonie) et les musiciennes de l’ECM+ (Chloé Dominguez [violoncelle], Philip Hornsey [percussions et échantillonneur] et Pamela Reimer [piano]) sous la direction artistique de Véronique Lacroix.

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4 mars, 21h, Agora Hydro-Québec

Quelques pistes pour MNM (1)

19 Fév

Quelques pistes pour MNM8

  • Coup d’œil no 1: février

Au beau milieu de la saison qui souligne le 50e anniversaire de la fondation de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), voici que se pointe, du 23 février au 4 mars, la vingtaine d’événements que propose la programmation de la huitième édition du festival Montréal Nouvelles Musiques. Pour ce qui est du cinquantième, on peut déjà découvrir des petits bouts de l’histoire de la SMCQ au Salon des nouvelles musiques (Salle d’exposition de la Place des Arts – entrée libre), et ça pourra donner envie de poursuivre la découverte au présent, en assistant à quelques-uns des concerts du festival. Voici donc un petit survol qui pourra vous aider à faire des choix.

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Walter Boudreau (photo: SMCQ)

À tout seigneur, tout honneur, c’est le directeur artistique de la SMCQ, Walter Boudreau, qui nous offre sa musique en ouverture de festival en dirigeant ses Berliner Momente I (Hommage à Berlin, 1988-2006) et II (La Guerre Froide, 1991-2006). On peut entendre Boudreau diriger le premier volet de cette grande œuvre sur un enregistrement de l’Orchestre Métropolitain qui date de 1991 (et on peut s’en procurer la réédition ici).

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Il n’y a malheureusement pas d’enregistrement disponible de Berliner Momente II, et le seul enregistrement disponible du troisième volet est celui qui s’est imprimé dans nos mémoires le 10 novembre 1994, alors que Boudreau dirigeait l’OSM à la salle Pierre-Mercure pour un concert « OSMCQ ». Cette fois-ci, ce sera à la salle Pollack, avec le McGill Symphony Orchestra et Alexis Hauser dirigera le Concerto pour orchestre de Bartók pour compléter le programme.

23 et 24 février, 19h30, salle Pollack

Parlant de l’OSMCQ, on pourra y faire un mini come-back d’une douzaine de minutes à la Maison symphonique alors que Vasily Petrenko dirigera l’OSM dans Plages (1981) de Serge Garant, illustre cofondateur de la SMCQ. On peut se préparer à cette soirée en écoutant l’interprétation que dirigeait le compositeur (avec l’Orchestre du Centre National des Arts) que l’on trouvera dans le coffret La musique de Serge Garant.

23 et 25 février, 20h, Maison symphonique de Montréal

Le McGill Contemporary Music Ensemble offre un beau programme sous la direction de Guillaume Bourgogne le 24 février avec des œuvres de Nicole Lizée (8-Bit Urbex), Joseph Glaser (en création), Alexina Louie (la très belle Music for a Thousand Autumns [1983-85], une commande de la SMCQ) et une œuvre de Denys Bouliane, qui fut longtemps le directeur de l’Ensemble de musique contemporaine de McGill. On connait déjà ses Rythmes et échos des rivages anticostiens (2007) dans l’interprétation du Nouvel Ensemble Moderne, et on se réjouit à l’idée de réentendre ça en concert.

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On peut voir un bref extrait de la création de la pièce de Nicole Lizée par le Australian Art Orchestra au Metropolis New Music Festival 2016 dans la vidéo suivante:

24 février, 21h30, Agora Hydro-Québec — UQAM

On reste à McGill pour un autre concert à la salle Pollack le 25 février avec le McGill Percussion Ensemble sous la direction de Aiyun Huang et de Fabrice Marandola pour l’interprétation de Timber (2009) de Michael Gordon. Une œuvre étonnamment méditative de près d’une heure que l’on ne risque pas d’avoir très souvent l’occasion d’entendre à Montréal.

Quoi de mieux, par un bon dimanche après-midi, qu’une petite virée à l’Oratoire pour découvrir la « version de poche » (si j’ose dire) de la Symphonie du millénaire, pour grand orchestre, chœur mixte (24 voix), orgue, quinze clochers d’église (enregistrés), traitement et carillonneurs? Oui, oui, ça fait beaucoup de monde, mais quand même moins que lors de la création (les détails ici). Philippe Ménard dirigera l’Orchestre philharmonique des musiciens de Montréal pour interpréter l’œuvre collective de Serge ArcuriWalter BoudreauDenys BoulianeVincent CollardYves DaoustAlain DauphinaisAndré DuchesneLouis DufortSean FergusonMichel GonnevilleAndré HamelAlain LalondeEstelle LemireJean LesageLuc MarcelMarie PelletierJohn ReaAnthony Rozankovic et Gilles Tremblay.

26 février, 15h33, à la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal

(entrée libre)

Très hâte de découvrir la musique que Martin Matalon a concocté pour faire sonner les images de L’Âge d’or (1930).

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C’est l’ensemble Sixtrum qui interprétera sa pièce Le scorpion (2002) avec projection du film surréaliste de Buñuel et Dali.

26 février, 19h, 5e salle de la Place des Arts

Le 27 février, la SMCQ présente un colloque sous le thème « Radios, universités et création musicale: synergies croisés », qui se penchera, entre autres, sur « le rôle des radios publiques dans l’avancement de la musique contemporaine ». On est impatient d’entendre ce que la représentante de Radio-Canada aura à dire là-dessus!

En soirée, c’est un autre 50e anniversaire qui s’invite dans celui de la SMCQ, soit celui du « First Live Electronic Music Festival » qui a eu lieu en Californie et qui sera évoqué par des œuvres de Gordon Mumma et John Cage. Jonathan Goldman sera au bandonéon, Brigitte Poulin au piano préparé et Ofer Pelz, qui offrira aussi une création, aux électroniques.

27 février, 19h, Agora Hydro-Québec — UQAM

Un festival organisé par la SMCQ ne saurait se passer d’un concert-événement de type marathon, et cette fois ce sont les amateurs de quatuors à cordes qui seront servis, alors que le Quatuor Capitano, le Quatuor Bozzini et le Quatuor Molinari se liguent pour offrir un programme triple qui commence à 17h! Le premier saluera les compositeurs célébrés par la série Hommage de la SMCQ (Claude Vivier, Gilles Tremblay, Ana Sokolović, Denis Gougeon, John Rea), le deuxième abordera l’intégrale des quatuors de Jean Lesage et le troisième offre un programme entier de quatuors de John Zorn. Sacré programme!

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On trouve sur le disque « Jewish String Quartets » (Naxos 8.559451) un enregistrement de Kol Nidre, de John Zorn

28 février, 17h – 19h – 20h30, Salle Bourgie — Musée des beaux-arts de Montréal

Le dernier concert de février rend hommage à Montréal à travers une œuvre hybride de Guillaume Côté et Guillaume Campion, Archipel (2016), documentaire électroacoustique qui regarde la ville depuis ses rives; le programme fait aussi un clin d’œil subliminal à Expo 67 à travers l’insertion d’une pièce de Iannis Xenakis, Dikhthas (1979), qu’interprétera le duo Wapiti (Geneviève Liboiron, violon; Daniel Áñez, piano) et offre une création de l’électroacousticien Zihua Tan, conçue à partir d’ambiances sonores montréalaises.

28 février, 19h00 – Agora Hydro-Québec, UQAM

Et ce n’est que la première moitié de la chose! La suite bientôt.

http://www.smcq.qc.ca/mnm/fr/2017/prog/concert/

MA(G)MA à l’Espace Libre: Haute tension!

2 Sep

Étrange objet que ce Ma(g)Ma, qui n’est ni une pièce de théâtre, ni un spectacle de danse, pas plus qu’un concert de musique électroacoustique, mais tout ça à la fois, et dans une fusion extrêmement réussie.

Débordant, explosif et perturbant, Ma(g)Ma, du collectif Castel Blast, s’apparente davantage au coup de poing sur la gueule qu’au divertissement scénique. Il s’en dégage une énergie vraiment décoiffante, particulièrement dans le tableau d’ouverture, alors qu’une vingtaine de gars arpentent la scène en suant la violence et la testostérone, arborant des gueules patibulaires et baveuses, regard menaçant en prime, s’empoignant brutalement sans raison et se relâchant aussitôt, ou faisant frénétiquement des pompes à deux pas de la première rangée de spectateurs. La montée dramatique de cette ouverture est très intense, et l’arrimage entre la mise en scène (Olivia Sofia et Léo Loisel) et la musique y est évidemment pour beaucoup.

Quand Thanatos s’énerve à ce point, c’est qu’Éros n’est pas bien loin, et une vingtaine de filles rejoignent les gars pour un deuxième tableau qui déborde d’énergie sexuelle et qui vire presque à l’orgie, avant que tout le monde finisse par s’affaler à la grandeur de la scène.

photo: Jules Bédard

photo: Jules Bédard

La conception sonore de Guillaume Rémus, une trame électroacoustique très sombre, diffusée sur un dispositif immersif, se marie au jeu physique de l’ensemble et participe grandement à transmettre au spectateur les émotions fortes qui se succèdent en cascades.

L’œuvre est courte (à peine plus d’une heure) et dense, et elle ne s’empêtre heureusement pas trop dans le discours, laissant plutôt parler les corps, les mouvements et les sons (néanmoins, la tirade finale, assenée avec toute la poésie d’un coup de poignard, est un autre moment très fort).

C’est à voir, à écouter et à vivre, à l’Espace Libre, jusqu’au 10 septembre.

Une critique pour Henriette

24 Avr

Me rendant au concert des Residents à La Tulipe, vendredi, avec ma douce moitié, voilà ti pas qu’on tombe sur l’ami Valium, qui, lui, n’y va pas. « La dernière fois, c’était pas très bon… » Hmmm. Vrai… « Tu m’en feras la critique » qu’il demande. Hé bien la voici.

En deux mots, ce concert de vendredi, c’était assez moyen. Mais il faut quand même relativiser. Une amie qui les voyait pour la première fois a trouvé ça super bon. Alors évidemment, si je dis que c’était moyen, c’est bien sûr par rapport à ce que ce groupe-là peut faire. J’ai vu les Residents à chacun de leur passage à Montréal.

Flashback.

22 janvier 1986. Je suis au Spectrum avec Normand Lamoureux (alias Doc Parker) pour assister au concert 13e anniversaire des Residents. C’est lui, le Doc, qui m’a fait découvrir le groupe, dont il est un fervant amateur. Un chef d’œuvre ce concert. Avec beaucoup de « gands moments » (Hello Skinny, Jailhouse Rock, I Got Rhythm, Man’s Man’s Man’s World, Cry For the Fire, etc.), la naissance de Mr. Skull, Snakefinger à la guitare, bref, l’enchantement. Un bel extrait ici.

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Photo de René Gour prise avant le concert du 22 janvier 1986, avec le Doc, deux inconnus qui se reconnaîtront, et Rito, un ami de l’émission (Anus Mundi, que je coréalisais avec le Doc à CIBL).

9 et 10 novembre 1990. C’est le festival Montréal Musiques Actuelles. Avec l’ami Kiki Bonbon (alias Jean-Luc Bonspiel), j’ai travaillé pour le festival (on a gardé, dans la nuit du 2 novembre, les chaises installées pour le concert en plein air du lendemain devant le clocher de l’UQAM – sans blague*), alors j’ai eu droit à une passe pour le festival. Et comme, avec ma douce moitié (la même qu’au début de l’article), ça commençait drôlement à chauffer, hé bien on est allé voir les deux représentations. Ça, mon vieux, c’était Cube E or The History of American Music in Three E-Z Pieces. « Magistral » tu dis? Mets-en. À ce moment-là, c’était pratiquement ce que j’avais vu de plus « moderne ». Dès le début du concert, avec From The Plains Of Mexico, j’étais cloué sur place.

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Et la suite, chansons d’esclaves et blues, puis l’apothéose avec Elvis, « The King of pizza », c’était dur à battre et, à vrai dire, la période qui a débuté avec le 13th Anniversary Show et qui se termine avec Cube E est sans doute le zénith de l’histoire des Residents. Sur le site du groupe, ils appellent ça la section « Performance Art », et c’est bien ça.

Après, on tombe dans la section « Band tours ». On n’a pas vu Wormwood ici en 1999, mais on peut le voir . Visuellement, c’est sans doute ce qu’ils ont fait de plus impressionnant, mais conceptuellement, faut s’accrocher, ça commence à verser du côté verbeux et c’est bien par là qu’on s’en va. Cependant, avant d’arriver là, il y a Icky Flix, que l’on voit à Montréal le 19 février 2001, au Spectrum. Un concert qui visait à faire connaître leur matériel plus récent, surtout des expériences multimédias (Freak Show, Bad Day on the Midway, Gingerbread Man) et quelques « hits » (si j’ose dire) revisités, comme The Third Reich ‘n’ Roll ou Constantinople et quelques extraits (vraiment moins bons que les originaux) du Commercial Album. C’était pas mal, mais disons qu’il fallait quand même y mettre du sien un peu plus que par le passé. Mais bon, en même temps, ça n’a jamais été facile non plus. Tu peux revoir le show au complet ici.

On n’a pas vu chez nous Demons Dance Alone (2003), et pas non plus le Bunny Boy Tour (2008). Dans ce dernier cas, l’album est vraiment très bon et le groupe s’y renouvellait vraiment, mais pour ce qu’on peut voir du concert (I’m Not Crazy, par exemple), c’est certainement moins intéressant que sur disque, et le décor semble avoir été recyclé d’Icky Flix

Le dernier droit, c’est la « Randy, Chuck and Bob Trilogy », qui commence par The Talking Light que l’on voit le 12 février 2010 au Club Soda. J’ai eu le plaisir de parler avec Hardy Fox (qui a vraiment la même barbe que Randy…) de la Cryptic Corporation pour un article sur ce passage du groupe en ville. On découvrait que le quatuor était réduit à trois membres suite à un départ à la retraite… Randy « signer for The Residents« , aime beaucoup parler et c’est vraiment ce qui marque les concerts de cette série. Ça peut devenir assommant. N’empêche que celui-là se terminait par une version d’enfer de Die Stay Go, qui rachetait par mal les longueurs. Si tu n’as pas vu ce concert en 2010, tu l’auras peut-être vu le 29 mars 2011 au même endroit, alors que la fin de la tournée passait par ici.

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On n’a pas vu Wonder Of Weird 40th Anniversary Tour (2013) chez nous et, finalement, maintenant qu’on a vu la troisième partie de la trilogie, on ne s’en plaint pas vraiment.

Parce que nous y voici, à Shadowland, qu’on voyait ce 22 avril à La Tulipe. Ça commençait par la projection du film Theory of Obscurity, que j’ai bien aimé, même s’il ne nous apprend pas grand chose si on connaissait déjà un peu le groupe. Il aurait pu y avoir plus d’extraits de plus de concerts, peut-être, et ça aurait pu être bien différend, évidemment, mais c’est un honnête documentaire sur un sujet difficile à cerner. Voir mon entrevue avec le réalisateur du film.

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Puis vint le trio de Rico (remplaçant Chuck – n’entrons pas là-dedans), Randy et Bob. On avait reconnu quelques titres dans la setlist, mais bon, on y allait pas vraiment pour Melon Collie Lassie… De toute façon, connues ou pas, toutes les pièces sortant du clavier de Rico sonnaient les unes comme les autres, et ce n’est pas la guitare de Bob qui allait y changer grand chose. Et puis Randy est bien gentil, et il a bien sûr cette voix si caractéristique, mais cette enfilade de pièces semblables aussi bien rythmiquement qu’harmoniquement devenait quand même rapidement monotone. Pas fâché que ce soit la fin de la trilogie. Je ne serais peut-être même pas fâché que ce soit la fin des Residents… Chose certaine, s’il y a une prochaine fois, je n’aurai pas beaucoup d’attentes à décevoir.

trilogie de la tulipe

Andrée DeRome, RB, René Gour, le 22 avril 2016.

 

*Encore merci pour cette job, Denis Chouinard!

FIMAV 2015, en attendant!

20 Avr

Dans un mois, on sera nombreux du côté de Victoriaville pour la 32e édition du FIMAV, qui promet de belles choses. J’y étais aussi l’année dernière, et vous pouvez lire mon reportage complet paru dans le magazine français Improjazz no 219.Improjazz_219_couv