Toute une boîte d’Art Zoyd!

14 Fév

Art Zoyd : « 44 1/2 – Live and Unreleased Works » (Cuneiform Records)

• C’est le premier « box set » que fait paraître la petite étiquette américaine fondée il y a plus de 30 ans, et c’est pour célébrer un groupe français encore plus vieux, Art Zoyd, qui aurait été fondé en 1969, mais qui fête son 44e anniversaire et demi. Dans cette boîte, 12 CD et 2 DVD qui s’ajoutent à une discographie déjà bien fournie. Assimilé à ses débuts à la mouvance autour du groupe Magma et du mouvement Rock In Opposition (l’un des DVD est justement un concert au RIO Festival de 2015), le groupe a développé sa propre signature : musique répétitive, électronique et fortement évocatrice, voire théâtrale. Entre les musiques contemporaine et actuelle, celle d’Art Zoyd est toujours aussi spéciale aujourd’hui qu’à ses débuts, et mérite certes la découverte. 4/5

Art Zoyd-44_1_2-Live_and_Unreleased_Works

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Une soirée à l’opéra, dude.

7 Juil

La vague parfaite, très rafraîchissante!

Le grand problème de l’opéra de type « classique », c’est que, bien souvent, il se prend vraiment trop au sérieux… Son livret, racontant une histoire de série Z qui tiendrait sur trois lignes, n’est pas le chef-d’œuvre qu’il croit être, les chanteurs ne sont pas les acteurs que l’on attend et puis la musique se répète sans cesse, et durant vraiment trop longtemps. Si en plus il y a des soucis, petits ou grands, du côté des costumes, du décors, des voix, de l’interprétation musicale ou de la mise en scène, hé bien, l’art total passe à la trappe assez fast. La reprise de La vague parfaite, que présente encore pour quelques représentations le Théâtre du Futur au Théâtre d’aujourd’hui, c’est heureusement tout le contraire de ça.

photo: Toma Iczkovits

D’abord, bien sûr, il s’agit d’une parodie, alors tout est permis dans cet opéra-surf, et on ne se prive de rien; le livret de Guillaume Tremblay et Olivier Morin nous plonge dans un futur où la figure du douchebag est du bon côté de la chaîne alimentaire, le fin du fin de la bravoure et de l’héroïsme, et où tout le monde semble directement sorti d’un épisode d’Alerte à Malibu (bien que, ici, on surfe plutôt à Tahiti). Alors oui, le texte est très drôle, et l’on n’a pas l’impression, comme devant tant de classiques, de rire machinalement de gags qui étaient déjà éculés au Moyen Âge.

photo: Toma Iczkovits

C’est une bonne stratégie de prendre complètement à contre-pied la production d’opéra « classique », parce que les attentes du public sont alors assez basses et que chaque bon coup (gag, référence au genre, etc.) élève le plaisir d’un cran. Comme l’ensemble est une suite ininterrompue de bons coups, on finit la soirée dans le plafond, mort de rire devant l’agonie du personnage de Mike Coal, qui s’éternise dans un climax qui n’en finit plus d’aligner comme autant d’horribles malheurs les niaiseries les plus absurdes.

photo: Toma Iczkovits

En résumé, on a une histoire qui a le chic de ne pas durer trop longtemps (1h40, quand même, mais on est loin des trois heures que durent régulièrement les grands ouvrages du genre), raconté dans un texte surréaliste qui se chante en allemand, en italien, en français et en anglais, et surtout en cet espèce de nouveau joual avec lequel s’expriment si fluidement les cool dudes et leurs chicks. On a un rastaman qui pousse la note en reggae, une Björk de pacotille, des personnages qui ont de vrais beaux moments de gloire, un pianiste (Philippe Prud’Homme) qui fait tenir tout ça debout (sans oublier les ambiances sonores de Navet Confit) et un divertissement léger qui contient en bout de ligne beaucoup plus que ce qu’il donne à voir. Il y a de belles leçons à retenir d’une pareille entreprise, et il serait souhaitable que tout aspirant à la création d’un « grand chef-d’œuvre opératique » passe par ici pour se calmer un peu le pompon.

7, 9 et 10 juillet à 20h
Centre du Théâtre d’Aujourd’hui
3900 rue Saint-Denis
http://www.theatredaujourdhui.qc.ca/vagueparfaite

Prog, pas mort!

20 Avr

C’était hier la première, à la Maison de la culture Maisonneuve, de Crystal Tears (à ne pas confondre avec le groupe métal grec!), le projet de la chanteuse Frédérike Bédard présenté par Claire Gignac et compagnie – une production de La Nef.

Il s’agit d’un exercice de style en forme d’hommage au rock progressif britannique (d’ailleurs, Frank Zappa, préalablement évoqué dans le communiqué, n’est plus mentionné dans le programme, et c’est bien ainsi). Les musiciens de l’ensemble sont de grande qualité, et le directeur musical Marc Vallée (guitares, clarinette basse, voix), qui a composé la majorité des pièces, connait son prog, mais justement, et bien que ce ne soit pas désagréable, on a un peu l’impression d’assister à une accumulation de clichés du genre.

La musique multiplie les évocations: ici, une rythmique rappelant l’intro de Watcher of the Skies (Genesis), là, des citations vocales de Lucky Man (ELP) ou Musical Box (Genesis), un mouvement qui semble sortie de chez Maneige, etc. Chacun des musiciens participe pleinement au pastiche: le son si caractéristique des solos de Moog, manié de main de maître par Vincent Réhel; Mario Légaré qui troque sa basse pour un Chapman stick le temps d’un groove très réussi; la guitare, bien sûr, qui se colore à la Genesis ou murmure quelques notes empruntées à Steve Howe, etc. C’est bien ce que l’on annonçait: la rencontre du rock progressif et de Purcell, Gibbons, Dowland, et compagnie, et cette rencontre a bien lieu, si bien d’ailleurs, qu’on s’étonne qu’il n’y ait pas déjà parmi les groupes de rock progressif des années 70 un ensemble ayant décidé de faire exactement ça. Dido’s Lament en blues, c’est autre chose!

En fait, s’il y a un problème, c’est bien qu’il ne s’agit pas d’un groupe, mais d’un projet. Un groupe aurait répété ces pièces-là depuis six mois, un an, et les aurait livré sans que les musiciens aient à se regarder à chaque moment pour se rassurer sur ce qui s’en vient. Évidemment, c’est un problème bien de chez nous, où le petit marché ne permet pas à un tel ensemble, justement, de présenter son spectacle 50 fois (oh que ce serait bien!). Malgré ce bémol, le concert se prend avec joie et ses évocations de musique britannique à la sauce québécoise, qui rappellent immanquablement celles que faisaient déjà ici, en parallèle aux européens, les groupes Maneige, ETC, Sloche et quelques autres, s’écoutent avec plaisir.

Plus que deux représentations (pour le moment). Les détails ici.

Souhaitons que la bande ait l’occasion de reprendre ça quelques fois et, pourquoi pas, de le mettre sur disque. D’ailleurs, j’ai eu le plaisir d’échanger quelques mots avec le directeur technique Fred Auger avant le concert et il m’apprenait que l’Orchestre d’hommes-orchestres, avec qui il travaille aussi et dont j’ai déjà dit beaucoup de bien, sortira d’ici peu un disque de matériel original. Bravo!

Et pendant qu’on est dans le sujet, soulignons quelques-uns des concerts de rock progressif qui passeront bientôt par Montréal:

Les Stick Men seront au Café Campus le 24 août prochain.

De la même eau, il y a aussi l’ami Adrian Belew qui sera dans le coin, au Club Soda, le 13 mai prochain.

Sans compter les vétérans de King Crimson, au FIJM, la 3 juillet

Et Bent Knee, au FIMAV, le 19 mai, et Magma, à la Sala Rossa, le 1er juin.

Et les Brits de Moulettes, le 7 octobre au Théâtre Outremont!

Et encore beaucoup d’autres à trouver sur la page de Prog Montréal.

Bref… Prog, pas mort!

Crystal Tears: Purcell et rock progressif

17 Avr

Le rock progressif a la cote ces temps-ci chez les amateurs de musique « classique », et après Pink Floyd à l’opéra, voici Purcell chez Gentle Giant! La chanteuse et comédienne Frédérike Bédard a en effet conçu un spectacle où la musique de compositeurs des 16e et 17e siècles sera passée à travers un filtre magique pour ressortir à l’autre bout ornée de rythmes associées au rock d’avant-garde de la fin du 20e siècle.

Autour de Frédérike Bédard (voix, clavier), et sous la direction artistique de Claire Gignac, on retrouvera Marc Vallée (guitares, clarinette basse, voix), Vincent Réhel (claviers), Mario Légaré (basse, contrebasse, stick, voix) et Christian Paré (batterie, percussions).

Dans ce programme qui s’intitule « Crystal Tears », on nous annonce des rencontres virtuelles entre Frank Zappa, Genesis et Gentle Giant d’un côté, et Thomas Morley, Orlando Gibbons, John Dowland ou Henry Purcell de l’autre. L’extrait de Sing We And Chant It, de Morley, qui est disponible donne envie d’entendre la suite!

Pour trois représentations à compter de ce mercredi, 19 avril.

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Production LA NEF
Mercredi 19, jeudi 20 et vendredi 21 avril 2017, 20h
Maison de la culture Maisonneuve – 4200, rue Ontario Est

Jouer à Tom Waits avec LODHO

3 Avr

Bricoleurs de génie et patenteux inspirés, les membres de l’Orchestre d’hommes-orchestres nous ont déjà éblouis avec leur programme Kurt Weill – cabaret brise-jour et d’autres propositions d’une poésie à faire passer la « rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » pour une banalité. Un jour, on peut rêver, ils s’en prendront peut-être bien au catalogue du Captain Beefheart, ou ils nous la joueront musette déglinguée pour bal perdu à Paname, mais pour le moment, c’est l’esprit de Tom Waits qui s’empare encore une fois de la troupe.

Les nains manchots de Singapour, orphelins de la roulette russe et autres chiens mouillés qui peuplent son monde parallèle viendront virtuellement danser la tarantelle et mettre de l’ambiance sur la scène de l’Outremont samedi prochain, 8 avril. Comme on ne s’attend pas à voir le vieux Tom par chez nous de sitôt, on prendra l’interprétation de la gang de Québec avec plaisir, sans remord et tant qu’il y en aura. Parce que, tout simplement, un tien vaut mieux que deux tu l’auras, alors imaginez tout un orchestre, et puis, n’est-ce pas, comme disait l’autre: « I’d rather have a bottle in front of me than a frontal lobotomy ».

Samedi 8 avril, 20h, Théâtre Outremont

Careful with that axe, Étienne!

12 Mar

On a donc mis une autre brique dans le mur à Montréal le 11 mars 2017 avec la création, après l’album original, les nombreux spectacles, le film et l’autre film, de l’opéra Another Brick In The Wall. Dans toutes les déclinaisons précédentes, les éléments communs étaient l’histoire et la musique, aussi, celui qui avait la partie la plus difficile dans la nouvelle mouture de l’Opéra de Montréal n’était-il pas Roger Waters, dont le le livret reste pratiquement inchangé, mais bien le compositeur Julien Bilodeau, chargé, pour ainsi dire, de réécrire l’histoire… Il avait dans les mains un couteau à deux tranchants: s’il s’éloignait trop de la musique originale, on le lui reprocherait, et s’il en restait trop près, on le lui reprocherait… Alors?

photo ©Yves Renaud

Qu’est-ce qui fait un bon opéra? Il faut une bonne histoire, bien racontée, une bonne mise en scène, dans une scénographie qui marche, des chanteurs qui sont aussi des acteurs, et, bien sûr, une musique puissante pour soutenir tout ça. Ça fait beaucoup d’éléments… Another Brick In The Wall est un bon opéra. L’histoire qu’a imaginée Roger Waters est originale, et sa variation sur le thème « Touring Can Make You Crazy » (ça, c’est un titre de Zappa, dans 200 Motels), nourrie par les obsessions d’une vie, est bien tournée. La mise en scène de Dominique Champagne, dans les décors de Stéphane Roy, et surtout dans les projections vidéo, omniprésentes, de Johnny Ranger, est extrêmement efficace; l’œil n’a pas le temps de s’emmerder, et c’est exactement ce qu’il faut. On note que ces trois-là font une première présence à l’Opéra de Montréal et on espère ne pas être le seul à prendre des notes… Il arrive trop souvent à l’opéra que la mise en scène soit un maillon faible, et alors l’édifice risque à chaque instant de s’écrouler, ce qui, bien souvent, ne manque pas d’arriver… Pas de ça ici. Quand ce n’est pas l’image projetée qui retient l’attention, ou qui appuie l’action, ce sont les membres du chœur ou les figurants qui occupent l’espace et capturent notre regard (comme cette danseuse épileptique en fond de scène, jouant sa folie toute seule, comme une anomalie, un truc bizarre dans un recoin de la tête de Pink, le personnage principal, en plein naufrage). Pink, c’est l’Étienne du titre de cet article, le baryton Étienne Dupuis, qui s’amuse ferme dans le costume de la rock star, passant près d’étêter une groupie avec sa guitare pendant l’une de ses crises (d’où notre conseil, évidemment emprunté à un titre de Pink Floyd). Lui non plus ne nous emmerde pas, bien au contraire. Depuis le fondateur « épisode du crachat » jusqu’au procès final, Dupuis porte son Pink avec aplomb, et sa présence se ressent jusque dans le fond de la salle.

Étienne Dupuis (Pink) – photo ©Yves Renaud

Parmi les « débuts à l’OdM », il y a aussi Marie-Chantale Vaillancourt, qui a fait de beaux costumes (j’étais un peu loin pour en dire plus), et Louis Dufort, dont la conception sonore appuie avec brio la vidéographie et donne à certains moments importants toute leur puissance (oui, oui, je connais très bien Louis, mais ça ne l’empêche pas d’être plein de talent!). Le concepteur d’éclairage Étienne Boucher, qui a certainement étudié son Pink Floyd (on sait que l’éclairage avait une part importante dans leurs concerts) n’est pas un nouveau à l’OdM, et il fait lui aussi du très beau travail.

Et la musique alors? Trop originale ou trop collée sur l’originale? Pour son premier opéra, Julien Bilodeau s’est fait offrir un truc immense, qui pourrait s’écraser comme le zeppelin Hindenburg ou couler comme le Titanic. Ses collègues dans cette aventure n’ont pas eu le dixième de la pression que le compositeur a dû supporter. Il est probable que ceux qui apprécieront le mieux sa musique sont ceux qui connaissent le moins celles de Waters et Gilmour; les autres seront un peu, comme lui, entre deux chaises. Il y a quelque chose de frustrant à reconnaître un air qui se retient d’arriver complètement, qui branle dans le manche entre la nouveauté et le souvenir, qui se retient d’être lui-même… Mais Bilodeau donne aux airs originaux des couleurs « modernes » qui les décollent pour de bon de leurs restants de racines blues (oh oui, Pink Anderson et Floyd Council sont bien loin!). « Modernes » comme dans « début du 20e siècle », avec des harmonies qui nous ramènent le souvenir d’un Wozzeck, ce qui est évidemment parfaitement dans le ton de cette histoire de guerre et de santé mentale chancelante. D’ailleurs, avec ce relent de Première Guerre, et le père de Pink qui meurt à la Deuxième, quand arrive le personnage de Vera Lynn (excellente Stéphanie Pothier), pour chanter « We’ll meet again / Don’t know where / Don’t know when », on a un petit frisson, et l’impression que c’est de la Troisième qu’elle parle…

photo ©Yves Renaud

Bref, Bilodeau n’avait pas la partie facile et il tire habilement son épingle du jeu, même si c’est pour nous l’enfoncer à quelques reprises là où ça titille… On finit par se faire l’oreille aux thèmes qui passent en filigrane ou qui sont évoqués par une ligne de texte. Et puis… et puis on ne va quand même pas dire comment se déroule la fin, mais l’important, c’est qu’elle ne nous laisse pas sur notre faim! Au final, le chef du Chœur de l’Opéra de Montréal Claude Webster peut être fier de sa troupe, comme le chef d’orchestre Alain Trudel, qui dirige l’Orchestre Métropolitain avec brio. D’ailleurs, Trudel ne retenait pas sa joie au moment de saluer, et on le comprend. Dix représentations, c’est sans doute une première à l’Opéra de Montréal, et pour la production, l’aura de Roger Waters aidant, ce n’est sans doute qu’un début. Ça ne fera sans doute pas autant de bruit que l’œuvre originale, mais, après tout, un mur ne tombe pas deux fois. C’est bien une autre brique dans un grand édifice, une structure qui a de l’histoire, et une histoire qui continue.

photo ©Yves Renaud

Have a cigar, OdM!

7 Mar

En juillet 1977, j’avais 15 ans et, le soir du 6,  je me trouvais avec quelques amis aux abords du Stade olympique de Montréal avec l’espoir futile d’entendre le concert de Pink Floyd sortir par le grand trou de cette ruine sans toit.

Je n’étais pas spécialement un fan à l’époque, mais c’était tout de même un événement que ce 1er spectacle rock dans ce lieu toujours en construction (alors que, n’est-ce pas, les Jeux olympiques étaient déjà du passé).

Avec Pink Floyd, j’ai eu une période Meddle, et une autre Ummagumma. J’aimais bien Dark Side aussi, évidemment, mais pas trop Atom Heart Mother (alors qu’aujourd’hui, j’attends impatiemment que l’on nous rejoue ça comme l’ont fait des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France en 2012 sous la direction de Ron Geesin[1]).

J’étais éventuellement passé à autre chose (Yes, Giant, VdGG, King Crimson, Zappa, etc.), mais en 1977, le monde s’apprêtait à basculer dans le mouvement punk pour quelques belles années. On verrait très bientôt les Sex Pistols, avec Johnny Rotten et son fameux t-shirt « I Hate Pink Floyd »… (Aujourd’hui, il adore ça)

Pendant un moment, c’était tellement mal vu de faire du « rock progressif » que Robert Fripp, en période de sevrage de King Crimson, se baladait avec un macaron sur lequel était écrit « No, I just look like him » ou « I am not Robert Fripp »…

Mais bon, ce soir du 6 juillet 1977, on n’en était pas encore là, et le stade était toujours en construction. Tellement, d’ailleurs, qu’il y avait de nombreux échaffaudages par lesquels il était possible de monter pour accéder, hé oui, à l’intérieur du stade. C’est pourquoi, constatant que le grand trou qui servait de toit ne laissait vraiment pas passer grand chose, et voyant que quelques courageux s’étaient déjà lancés à l’assaut des tours, j’ai suivi le mouvement, fermant pour ainsi dire la marche (derrière moi, c’était des policiers!). Rendu en haut, hop, au pas de course vers la lumière et puis re-hop, après un saut de presque trop haut, j’avais les pieds sur la pelouse du stade, et c’était l’intermission…

Je me suis trouvé une bonne place parmi des gens dont certains venaient de très loin et avaient payé très chers leur billet pour un concert assez ordinaire (surtout à cause du son, littéralement pourri — est-ce que ça s’est jamais arrangé au stade?). Bref, j’ai vu la moitié du truc et, à vrai dire, je ne me souviens pas de grand chose, pas plus, de toute façon, que Roger Waters, qui nous disait justement l’année dernière en conférence de presse ne pas se souvenir de grand chose non plus. N’empêche, sans pouvoir mettre le doigt sur le déclencheur, il confirmait bien que c’est ce soir-là qu’il a ressenti, plus que jamais, la matérialité bien réelle du quatrième mur, celui qui sépare le public des artistes, et celui qu’il allait finalement faire construire dans The Wall (il faut voir le film disponible sur Netflix)

40 ans plus tard, sa vision d’horreur revient hanter les lieux du crime. Bien sûr qu’on est fiers que ce soit à Montréal, avec une équipe locale. On est heureux pour Julien Bilodeau, dont on a déjà pu apprécier le talent à quelques occasions, dont, pas la moindre, lors de l’inauguration de la Maison symphonique avec l’OSM jouant sa pièce Qu’un cri élève nos chants! (écoutez un extrait ici). On a hâte de mesurer à quel point il aura fait sienne l’œuvre de Waters.

Oui, ça fait plaisir que Montréal offre un autre « second souffle » à cette grande œuvre du rock progressif, comme c’était un plaisir de redécouvrir Genesis grâce à des gars de chez nous (The Musical Box) qui offrent maintenant ce même plaisir à des gens de partout, de voir Yes se donner quelques années de sursis grâce au montréalais Benoît David ou de constater que, maintenant qu’il a conconcté une ixième mouture de son band, lorsque Robert Fripp annonce un passage de King Crimson au Festival international de jazz de Montréal en juillet 2017, pratiquement tout le monde en parle.

Bref, prog pas mort… Quant à la transposition à l’opéra, avec l’équipe de l’Opéra de Montréal, on peut être optimiste, et penser comme Roger Waters, que Ça ira!

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Another Brick In The Wall, Opéra de Montréal – à compter du 11 mars 2017

Musique: Julien Bilodeau • Livret: Roger Waters • Mise en scène: Dominique Champagne • Direction d’orchestre: Alain Trudel

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[1] Les amis Walter Boudreau et René Bosc pourraient bien nous ramener ça bientôt, c’est à surveiller… D’ailleurs, pour ce qui est de redonner vie à des classiques, on salue le travail de René Bosc, Directeur musical de l’Ensemble de l’Institut Stravinsky, qui nous donnait le 3 mars dernier, dans le cadre de MNM, une magnifique version de l’Histoire du Soldat, dans une mise à jour technologique du meilleur goût et avec des musiciens de haut calibre. Avec lui, le catalogue de Stravinsky est entre bonnes mains!